‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 204 sur 360 · UNE PRÉFACE · texte numérisé non relu

UNE PRÉFACE

le plus propre à aiguiser sa douleur : ils venaient de se quereller avec autant d’aigreur que le permet la plus sincère amitié.

Voici quelle avait été l’origine de cette querelle si étonnante, suivie d'ailleurs du plus touchant rapprochement.

Le vieux baron, qui travaillait beaucoup et ne publiait rien, admirait beaucoup la correspondance des grands mystiques allemands, Bœhme, Gichtel et Upfeld, et préparait une traduction française des Lettres du premier, ainsi qu’un Précis de sa doctrine. Il avait renoncé à son Télémaque théosophique, mais il tenait encore à son Précis. 11 en envoya la préface à Saint- Martin par leur ami commun, Maubach. Saint-Martin, qui disait sa pensée à sa façon et à tous, aux princesses comme à l’Institut et à ses amis comme à ses ennemis, avait parfois parlé à Liebisdorf avec plus de netteté qu’il ne fallait peut-être, vu l’éducation si parfaite du patricien de Berne. Toujours ses observations avaient reçu le meilleur accueil. En lisant leur correspondance, on s’étonne même de l’exquise docilité d’un disciple plus habitué au commandement qu’à la soumission, un peu plus colonel de parade que de combat, il est vrai, mais colonel en réalité et dans tous les cas membre d’une dizaine de commissions plus ou moins souveraines , aussi gâté par de plus récents suffrages que par les anciens éloges de Rousseau. En 1798, sou humeur s’est assombrie, nous en avons dit les raisons, et il prend trèsmal de bons avis. Voici ce qu’on lui avait écrit : « Quant à votre entreprise, je loue beaucoup votre bonne intention; mais plus je lis notre auteur, plus je le trouve difficile à abréger. » Aux yeux de Saint-Martin, le mot

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