UNE QUERELLE
Aftrrr/é qu’il met est synonyme de Précis. Cela déjà offusque le baron. Mais Saint-Martin ajoute, en parlant de ce qu’il voudrait faire lui-même : « D’ailleurs je pèse (considère) un peu le génie de ma nation. 11 s’en faut beaucoup que je la croie mûre pour une pareille nourriture. Bœbme ne serait pas lu, à moins d’une refonte générale, et c’est cette refonte que je n’ai ni le temps ni la force de faire... Pour en revenir à votre Précis , je vous dirai que le ton pieux et o'oyant que vous prenez peut encore aller aux mœurs de vos climats ; il va peu à celles du nôtre, où nous faisons sur cela maison nette (c’est moi qui souligne). Malgré cela, il y a encore quelques bonnes âmes qui l’entendent et s’en accommodent, et pour moi je serai ravi de voir votre ouvrage. »
Rien de plus loyal ni de plus poli que ce langage; aussi le Suisse répond-il d’abord par une lettre affectueuse. L’ami Divonnc lui a fait, dit-il, les mêmes observations ; mais il s’en débarrasse par ces mots : « Divonne ne connaît pas Bœhmc. » Saint-Martin, qui ne se doute pas même qu’il a pu blesser son ami, lui marque trèssimplement encore, dans sa lettre du 4 novembre 1798, une nouvelle qui doit l’intéresser. Madame de Bœckün, qui déjà lui avait écrit qu’on tenait en allemand un Résumé de Bœhme, lui a mandé, de plus, qu’il existe un second Bœhme plus clair que le premier, le mystique Sperber. C’est là-dessus et sur un échafaudage d’hypothèses créées par l’amour-propre d’un digne vieillard que la guerre éclate. Comment, se dit le Bernois, nonseulement la France ne veut pas de mon Précis, mais, pour me couper l’herbe sous les pieds, on invente main-
1) AMIS
tenant un autre Bœhme, qu’on proclame plus simple et plus clair que le premier? Vraiment, il y a des amis; mais des amis sur qui faire fond, non.
Et rien de plus pénible à lire que la lettre de Liebisdorf du iO novembre, où s’exhale sa douleur. Saint- Martin y répond de la manière la plus convenable, le 1 0 décembre. Mais, loin d’entendre raison, son ami réplique le 18 avec un très-sincère redoublement d’irritation. Saint-Martin, pour adoucir son chagrin, avait loué ce qu’il avait pu, le ton et les intentions. Peine perdue. Voici les cris que ces concessions arrachent au cœur d’abord saignant, maintenant ulcéré, du fidèle et reconnaissant mais affligé disciple : « On trouve que j’ai pris un ton pieux et croyant; je n’aurai jamais d’autre ton que celui qui est dans mon âme.... Je rougirais de ma bassesse et de ma pusillanimité, si j’étais capable de parler ou d'écrire dans un sens contraire....» Et comme si Saint-Martin lui avait donné le conseil de le faire, le brave Liebisdorf ajoute : « Permettez que je vous donne le conseil que vous m’avez donné autrefois : veillez et priez. » Madame de Bœcklin elle-même attrape des rebuffades. Elle a offert des Extraits. C’était son bonheur d’en faire, de tout et pour tout le monde. J’en ai de fort considérables sous les yeux. Eh bien! il ne veut pas qu’elle prenne la peine d’en faire pour lui. Le 31, nouvelles explications affectueuses de la part de Saint-Martin et dignes de lui. Pour désarmer un homme qui se plaît à s’exciter, il se plaît à s’accuser; il demande pardon d’offenses imaginaires; il sollicite avec la plus touchante humilité toutes les observations que la charité fraler-
ternelle voudra bien lui adresser. Cette lettre est subüme