‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 207 sur 360 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

vives qu’à la sensibilité de son ami pour tout ce qui peut intéresser la gloire de leur maître commun.

Vous croyez, après cela, que tout est dit; point. Dans sa lettre du 7 février, l’irascible baron n’est plus amer, mais il récrimine au moins par voie d’apologue. Pour justifier la profession de foi de sa future préface , il copie pour son ami la prière qu’un philosophe françaira mise dans une des siennes. « Un philosophe, et un philosophe français, a pu mettre dans sa préface une prière , et je n’aurais pas pu mettre dans la mienne quelques paroles pieuses, moi aussi !» 11 y a plus, un post-scriptum sur la bassesse et la pusillanimité rentre au fond même de la question.

Que fut ce commerce épistolaire du 7 février 1799 au 24 décembre de la même année?

Je l’ignore. Les lettres de ces neuf mois manquent dans les deux copies que j’ai de cette correspondance. A la dernière des deux dates que je viens de donner, Saint -Martin avait perdu le meilleur de ses amis. M. d’Eflinger, neveu et gendre de Liebisdorf, lui a mandé la mort subite de son oncle. Saint-Martin lui adresse une lettre qui prouve que les rapports les plus tendres s’étaient rétablis, et que son savant ami avait continué ses travaux sur Bœhme jusqu’à la lin de ses joui s. Aussi Saint-Martin n’a que deux choses à demander : il prie son héritier d’achever de traduire les Lettres du célèbre théosophe, ainsi que celles de ses disciples, et de lui céder, s’il n’y tient pas, certains ouvrages mystiques qu’a laissés le défunt.

11 ne lui demanda pas, ce qu'il aurait été si heureux de posséder, tous les livres de ce genre que laissait le

l’éhloguk.

baron ; l'état de sa fortune ne lui permettait pas de les acheter, ni celui de ses yeux l’ambition de les lire. Mais il attachait le plus grand prix à ces volumes de Bœhme qu’avait tant estimés son ami. La succession de Liebisdorf offrait quelque chose de plus précieux : les lettres qu’on lui avait écrites. Saint-Martin, appréciant lui-même toute l’importance de ces reliques, demanda qu’on les lui renvoyât, disant qu’elles n’étaient nées que pour celui qui les avait provoquées. Son droit était de les exiger. M. d'Eflinger et sa femme lui répondirent d’abord avec empressement ; et ils se mirent, en quelque sorte, avec une grande politesse sous sa direction spirituelle; mais bientôt ils lui mandèrent que ses lettres étaient engagées dans des recueils qu’on hésitait à rompre et qu’ils tenaient, par piété filiale, aux éditions des volumes que son ami avait tant aimés. Saint-Martin, toujours trop généreux, se contenta malheureusement de demander qu’on lui fit au moins des extraits de ses lettres, et toujours trop confiant, il laissa aux héritiers le soin de choisir à leur goût. Ceux qui connaissent l’historique de ces documents, les extraits qu’on en a faits, les copies qui en ont circulé, les altérations qui défigurent le tout, regretteront qu’aux refus très-intéressés, mais peu déguisés d’Effinger, ait répondu si vite l’acquiescement trop sincère de Saint-Martin.

Ce petit épilogue d’une grande correspondance, sur laquelle nous reviendrons plus d’une fois encore, fut d’ailleurs tendre et intime toutes les fois que la fille de Liebisdorf s’y trouva engagée.

CH APITHE XXII

Les relations de Saini-Marlin avee (jillierl , (tombant , Manbaeli , le cotnle de Divonne, après la mort de LiebUdorr. — Ses rapports avee d'Eflinger. — Saint-Marlin, éditeur et libraire. — Ses derniers écrits originaux. — De l’esprit des choses. — Le ministère de l’Homme- Lspril. — Les progrès du style. — Les rapports avec M. de Géraudu.

Il a rarement existé entre deux hommes qui ne se sont jamais vus des relations plus belles que celles de Saint-Martin avec le patricien de Berne.

La mort du dernier laissa dans l’âme de son maître et de son ami un vide que rien ne fut en état de remplir. Leur correspondance éteinte, rien n’excita plus cette âme si tendre au môme degré, rien ne la nourrit ni ne l’éleva plus ainsi. Le baron était non-seulement un disciple très-instruit, mais encore singulièrement questionneur, et aœsi docile au silence que reconnaissant d’une solution. 11 était si ingénieusement poli et si finement attentif au moindre embarras qu’il causait à son initiateur par ses incessantes sollicitations, que sa correspondance offrait à la fois un vif intérêt au point de vue du développement mystique, et de grandes satisfac-

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