‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 208 sur 360 · LE VIDE · texte numérisé non relu

LE VIDE

tions au point de vue d’un amour-propre raisonnable. Saint-Martin ne trouvait assurément dans les lettres de ses autres amis rien qui lui présentât ces avantages au même degré. Celles de la duchesse de Bourbon et celles de madame de Bœcklin avaient sans doute d’autres attraits, et peut-être de plus chers au cœur du théosophe ; mais, si j’en juge par les documents que j’ai sous les yeux, ces lettres ne donnaient pas le même aliment à son esprit. Celles de M. et de madame d’Eftinger, qui formaient une sorte de suite à sa correspondance essentielle, cessèrent aussi promptement qu’avaient cessé celles de Salzmann. Dès lors personne n’entretint plus Saint-Martin ni de Young-StiUing, ni de Lavater, ni de la fille du célèbre ministre, ni de ce très-mystique d’Eckartshausen, « qui a lu jusqu’à vingt fois votre dernière brochure, » lui avait mandé un jour le baron, etqui assurait lui-même celui-ci, qu’il avait lu plus de cinquante fois les écrits antérieurs du théosophe d’Amboise.

Gilbert seul hérita-t-il de toutes les affections ainsi délaissées, comme il devait hériter un jour des manuscrits et des livres de son ami ?

Non, sans doute. Les affections ne se remplacent pas les unes les autres dans la vie de l’homme, et le vide des sentiments terrestres se fait peu à peu dans le cœur, à mesure qu’il faut une place aux autres, aux sentiments célestes. Saint-Martin trouvait un grand charme dans ses promenades, presque journalières, avec Gilbert; mais comme Maubach et Gombaud ou Divonne et d’Hauterive , Gilbert ne figura jamais qu’au second rang de ses affections. Saint -Martin retourna à Paris pour y voirie comte Divonne, espérant, dit-il, que cet excellent

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