‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 209 sur 360 · LA PAUVRETÉ · texte numérisé non relu

LA PAUVRETÉ

ami le consolerait de la perte de Kirchberguer. D’IIau-

terive, dont le développement spirituel était allé si loin, ou bien était mort, ou occupait peu le cœur de Saint- Martin, car il n’est plus nommé dans les notes de celui-ci ; mais l’admiration du théosophc pour Bœhme s’accrut avec les années, comme un héritage qui, de deux têtes, s’est accumulé sur une seule. Bœhme fut pour le survivant plus qu’une amitié, ce fut un culte, et des rédactions journalières qui s’inspiraient de cette lecture devinrent pour Saint-Martin une sorte de correspondance avec son public. Son public était borné, mais dévoué comme une famille d’initiés. 11 nous le dit à l’occasion de son ouvrage de V Esprit des Chopes, dont il avait d’abord parlé à Liebisdorf, sous le titre de Révélations, et dont il entretint ses amis d’un jour, le gendre et la fille du baron, dans une lettre intéressante. Elle nous révèle une belle pauvreté, belle par la pieuse sérénité qui la décore.

« Vous trouverez peut--être, leur dit-il, quelques coups de jour sur ce point dans un ouvrage que je viens de publier tout à l’heure, et dont il faut que je vous parle. Il est intitulé X Esprit des Choses, il forme deux volumes in-8, composant en tout 675 pages de petit caractère. Ce ne sont, pour ainsi dire, que des esquisses, parce qu'il embrasse l’universalité des choses, tant physiques, scientifiques, que spirituelles et divines, et qu’il m’eût été impossible d’approfondir chaque sujet dans un si petit espace. D’ailleurs, ce n’est qu’une introduction préparatoire aux ouvrages de J. Bœhme, si les circonstances me permettent de publier ce que j’en ai traduit. Et après une pareille lumière, je ne me serois pas avisé

l’espbit

de vouloir marcher sur ses brisées, et ce sera lui qui éclairera ce que je ne fais qu'indiquer. Enfin , ce n’est qu’une espèce de moisson que j’ai faite parmi les nombreux matériaux dont mes portefeuilles sont pleins, ayant en usage d’écrire tout ce qui m’est venu jusqu’à présent dans l’intelligence. Mais comme j’ai toujours écrit sans me proposer de faire un ouvrage, et seulement par sujets détachés, il m’a fallu lier de mon mieux ces diverses pièces, et c’est à quoi j’ai passé mon hyver, indépendamment de mes occupations ordinaires. Si vous croyez pouvoir contribuer à répandre cet ouvrage, que je crois utile surtout pour ceux qui ont des préventions contre l’Écriture sainte, vous n’avez qu’à témoigner vos intentions à quelqu’un que vous avez déjà vu à Berne (Maubach), et qui me remplacera pendant un petit voyage que je ferai peut-être incessamment. Il sera chargé, pendant mon absence, de vous faire les envoys que vous lui demanderez, soit pour vos connoissances, soit pour les libraires. L’ouvrage se vend, en France, 7 liv. 10 s., et on fait remise aux libraires de 20 s. à Paris, et de 30 s. hors de Paris et chez l’étranger.»

La dureté des temps fit donc de l’éminent théosophe une sorte de marchand de livres, et de ses amis des commis en librairie. Cela est si vrai, qu’au 5 thermidor, l’an VIII (1799), il leur écrit de nouveau sur le même sujet, une lettre plus directe encore, et dont les détails me semblent bien caractériser la situation que les temps lui avaient faite. Je n’hésite donc pas à produire ces détails; loin de là.

« Je vous parfois d’un ouvrage que je venois de publier, et qui est intitulé : Esprit des Choses, 2 vol. in-8\

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