‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 221 sur 360 · LE SPLEEN · texte numérisé non relu

LE SPLEEN

de gémir de quelque privation que ce fût , il gardait une admirable sérénité de pensée.

« Un des prodiges les plus inexplicables pour moi, disait-il, c’est que la Divinité me comble de tant de douceurs et de consolations, et que cependant il y ait en moi si peu de chose qui puisse fixer ses regards. »

Il sentait approcher la fin de ses jours sans se troubler. Un ennemi physique qui avait conduit son père au tombeau l’avertissait dès l’été de 1803. Loin de s’affliger de l’avis, Saint-Martin écrit : « J’arrive à un âge et à une époque où l’on ne peut plus frayer qu’avec ceux qui ont ma maladie. » Il èntendait le mal du pays, le spleen légitime de l’homme. « Ce spleen est un peu différent, dit-il, de celui des Anglais; car celui des Anglais les rend noirs et tristes, et le mien me rend extérieurement et intérieurement tout couleur de rose. » Il ne se sentait ni fatigué, ni accablé de la vie, et la tenue du vaillant soldat ne changea pas : son courage demeura inaltéré. Il eût aimé à mettre la dernière main à ce qui l’avait si longtemps occupé et soutenu ; il voulait surtout laisser quelque chose « d’un peu avancé sur les Nombres. »

M. de Rossel se prêtait, par l’entremise de M. Gence, à un entretien sur cette matière, la veille môme de la mort de Saint-Martin. Celui-ci en fut si reconnaissant, qu’en prenant congé de son savant interlocuteur, avec le sentiment de sa fin prochaine, il lui dit ces belles paroles : « Je rends grâce au ciel de m’avoir accordé la dernière faveur que je lui demandois. »

Saint-Martin mourut le lendemain, 13 octobre 1803, au soir, à la campagne que son ami le sénateur Lenoir-

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