‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 228 sur 360 · FÉNELON · texte numérisé non relu

FÉNELON

la critique la plus impartiale et la mieux disposée à reconnaître ce qui doit être accepté, des difficultés extrêmes à saisir les faits dans leur primitive simplicité et dans leur côté positif.

C’est un troisième fait général, que les mystiques sincères et les théosophes éminents font peu de cas de tout ce qui est phénomène extérieur, si extraordinaire qu’il soit, et ne visent, du moins les plus avancés, qu’à une seule chose. Or cette seule chose, c’est ce que la philosophie appelle le perfectionnement moral, ce que la religion appelle l’œuvre de la sanctification, et ce qu’ils appellent d’ordinaire la régénération ou la réintégration de l’homme en son état primitif.

Saint-Martin, celui de tous qui avait à la fois les plus hautes prétentions en métaphysique et la plus haute ambition en morale, est aussi celui de tous qui parait faire le moins de cas des phénomènes traditionnels et des pompes mystagogiques. Et néanmoins sa vie intérieure tout entière est dominée par la théosophie traditionnelle, les plus fortes croyances et les plus ferventes aspirations du mysticisme. Entre lui et Fénelon, qui reste aussi près de l’Évangile que possible et qu’il cite aussi peu que madame Guyon, il y a un abîme. Aussi une grande part de l’intérêt qui s’attache à sa vie est due à la lutte qui ne cesse do s’y révéler, comme malgré lui, entre sa pensée philosophique et sa pensée mystique , puis entre sa pensée mystique et sa pensée théosophique. S’il est un homme dans les aveux duquel il soit intéressant de suivre une à une, d’abord, les prétentions d’une mysticité qui veut s’arrêter à la juste limite, ensuite les prétentions d’une théosophie qui s’enivre à la

Page 1