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centrale qui, par notre union avec Dieu, peut nous apprendre tout ce que nous devons savoir, et fort peu de l’anatomie descriptive de ces points délicats sur lesquels vous désireriez que je portasse ma vue.
a Sur le moyen de la plus prompte union de notre volonté avec Dieu, je vous dirai que cette union est une œuvre qui ne peut se faire que par la ferme et constante résolution de ceux qui la désirent; qu’il n’y a autre moyen sur cela que l’usage persévérant d’une volonté pure nourrie par les œuvres et la pratique de toutes les vertus, engraissée (sic) par la prière , pour que la grâce divine vienne aider notre foiblesse et nous amener au terme de notre régénération.
« Sur cet article, vous voyez que ce que je pourrai dire au public n’auroit sûrement pas plus de crédit que n’en a eu la parole divine.
« Sur l’uuion du modèle à la copie, je vous dirai que dans les opérations spirituelles de tout genre, cet cïret doit vous paraître naturel et possible, puisque les images ayant des rapports avec leurs modèles doivent toujours tendre à s’en approcher. C’est par cette voie que marchent toutes les opérations théurgiques où s’emploient les noms des esprits, leurs signes, leurs caractères; toutes choses qui peuvent être données par eux, peuvent avoir des rapports entre eux.»
On voit encore une fois, par ce qui précède et par ce qui suit, que Saint-Martin ne condamne pas la théurgie en général, qu’il a la sienne, et qu’il ne condamne que celle qui s'attache aux Puissances de la région astrale.
« Quant à votre question sur l'aspect de la lumière ou de la flamme élémentaire pour obtenir les vertus qui lui
DK LA TIIÉURGIE.
servent de modèle, vous devez voir qu’elle rentre absolument dans la théurgie, surtout dans le théurgique qui emploie la nature élémentaire, et comme telle je la crois inutile et étrangère à notre véritable théurgisme, où il ne faut d’autre flamme que celle de notre désir, d’autre lumière que celle de notre pureté.
« Cela n’interdit pas néanmoins les connoissances très-profondes que vous pouvez puiser dans Bœhme, sur le feu et ses correspondances. 11 y a (là) de quoi vous payer de vos spéculations. »
Quelle fermeté et quelle raison ! Je ne dirai pas quel sublime dédain, je dirai quelle gracieuse indulgence! Dans un homme, d’ailleurs si croyant, on aime à voir un jugement aussi net et une patience aussi charitable.
Cela dit parfaitement pourquoi Saint-Martin ne pratique aucune de ces opérations théurgiques si prisées dans l’école de Bordeaux. Sans les condamner toutes, il témoigne pour toutes une sincère répugnance, et sans se séparer de ceux qui s’y livrent, il recommande sans cesse à ses amis et à ses disciples de s’en défier. Il les presse d’aller plus haut, dans la région pure, celle du Verbe, de ses Agents et de ses Vertus. Tout ce qui se passe dans l’ordre sensible ou physique l’émeut péniblement et choque sa raison. Spiritualiste en tout, il n’est matérialiste à aucun point de vue. 11 ne veut pas même du matérialisme « pour son laquais. »
Entre son commerce avec le monde spirituel et celui qui se faisait jour ou se pratiquait avec enthousiasme ailleurs, il y avait un véritable abîme. Le commerce avec les âmes des trépassés retenues dans les régions astrales n’est pas l’objet de ses craintes seulement, il est
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UC MATÉKIAIISME.
celui de ses dédains. C’est dans la sphère supérieure’ qu’il se porte et se meut ; et s’il est à la fin si mécontent de Swedenborg, c’est précisément par la raison que le confiant visionnaire possède la science des âmes plutôt que celle des esprits.
Je crois qu’il ne parlerait pas mieux des visions de sou condisciple Fournié, s'il en parlait, et j’ai déjà fait remarquer combien il est médiocre partisan des manifestations d’une de ses meilleures amies, la marquise de la Croix. 11 détourne très-expressément la duchesse de Bourbon, qui s’attachait aux clairvoyances des somnambules, de tout ce qui est phénomène sensible. 11 ne nie ni les manifestations , ni les visions en général; mais il s’élève contre la crédule confusion de toutes les unes avec les autres. Loin de là, il les classe et les distingue. Le baron de Liebisdorf, qui est comme tout le monde, qui voudrait voir et qui aspire toujours de nouveau à une connaissance physique de Dieu lui-même, a beau revenir à la charge pour lui arracher une con- • cession qui permette à son matérialisme d’espérer quelque chose de semblable, Saint-Martin ne cède pas. 11 sait que la tradition mystique veut depuis les néopla- ’ toniciens, Plotin à leur tête, qu’on ait vu Dieu. Et comme il ne se croit pas le moins du monde un chef éminent ou favorisé, comme il ne se croit pas digne de nouer les cordons de la chaussure de Budime, qui s’attribue trois grandes visions dans sa vie, il ne nie rien à ce sujet. Mais s’il s’abstient, ce n’est pas qu’il hésite.
Au contraire, il est pour son compte plein de respect pour cette parole sainte plus d’une fois répétée dans le Pcntaleuquc : « Nul ne peut voir Dieu et vivre. » Il
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repousse à ce sujet toute question nouvelle, et non sans quelque impatience, en termes propres à mettre fin à toutes ces interpellations indiscrètes qui révèlent encore plus d’ignorance que de curiosité. Il répète à son ami que c’est spirituellement et non pas physiquement qu’il faut jouir des ravissements de la présence de Dieu.
Le baron lui a cité les manifestations obtenues à l’école du Nord. J’ai déjà dit, au sujet du voyage de Londres, le peu de cas que faisait Saint-Martin de cette école. Je ferai voir ici'comment il la combat.
« Je crois; écrit- il (lettre du 26 janvier 1794), que celui qui reçoit des communications externes et gratuites comme à Copenhague , peut bien n’étre pas trompé, mais je n’ai aucun moyen d’assurer la chose. Ceux de Copenhague me paraissent ne pas avoir des preuves suffisantes pour justifier leur confiance :
« 1° Je ne les crois pas élus au premier degré cidessus, sans quoi ils n’auroient pas d’iucertitudes , et n’auroient pas besoin de faire des questions.
« 2° Je les vois passifs dans leur œuvre, je les vois opérés, et non pas opérants; et ainsi n’ayant pas l’active virtualité nécessaire pour lier le fort, afin de piller la maison du fort et la mettre en état de propreté convenable pour n’y loger que d’honnétes gens.
« 3° Les réponses qu’ils reçoivent quand ils demandent : Es-tu la cause active et intelligente , ne me prouvent rien, car l’ennemi peut tout imiter, jusqu’à nos prières, comme je l’ai dit dans Y Homme de désir , et c’est au discernement de ces terribles imitations que conduit l’usage et la pratique des vraies opérations théurgiques, quand toutefois, on ne se porte pas de
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suite à l’interne qui apprend tout et préserve de tout.
« 4“ Entin, je ne vois point dans ces élus de Copenhague les sigues indiqués dans l'Évangile pour caractériser les vrais missionnaires de l’esprit : « Ils guériront « les malades, ils chasseront les démons, ils avaleront « des poisons qui ne leur feront point de mal. »
« Et puis je ne sais si mou extrême prudence contre l’externe, et mon goût toujours croissant pour l’interne ne m’interdiroit pas même d’approcher de ces objets, jusqu’à ce que je fusse envoyé par un autre ordre que celui de mon désir ou de ma curiosité.
« Je dois ajouter que, si la puissance mauvaise peut tout imiter, la puissance bonne intermédiaire parle souvent comme la puissance suprême elle-même. C’est ce que l’on a vu à Sinaï, où les simples Elohim ont parlé au peuple comme étant le seul Dieu, le Dieu jaloux (cette idée est de Martinez) : nouvelle raison pour se tenir en garde contre les conclusions que l’on tire de la réponse oui.
« Si toutes ces réflexions peuvent aider l'intéressante fille de Lavater à prendre quelque aplomb sur tout cela, vous pouvez les lui faire parvenir; de même que je vous serai obligé de continuer à me communiquer ce que vous apprendrez de tous ces côtés.
« J’ai eu du physique aussi, dit Saint-Martin, mais en moindre abondance (depuis Bordeaux) que dans l’école de Martinez; et encore, lors de ces procédés (quand il y prenait part à Bordeaux), j’avois moins de physique que la plupart de mes camarades. 11 m’a été aisé- de reconnoître que ma part a été plus en intelligence qu'eu opération. Ce physique n’attire pas plus mon attention ni ma confiance que le reste.
LA COMTESSE DE IlEVENTLOVV.
« D’ailleurs , je vous l’ai dit mille fois , ce qui n’est pas votre œuvre personnelle est une perte de temps pour vous. »
Saint- Martin fut réellement plus heureux qu’il ne pensait, et son adepte plus docile qu’il n’espérait. Dès le 25 juillet 1795, le baron lui écrit une lettre où il est détaché de l’école du Nord comme s’il n’en avait jamais été engoué. Mademoiselle Lavater est toujours « dans les meilleurs principes. » Mademoiselle Sarasin de Râle (où il y avait une sorte de succursale de l’école du Nord) est aussi entrée expérimentalement dans la bonne voie. « Outre cela, continue-t-il, elle m’a mandé une nouvelle qui m’a fait plaisir et qui sert à confirmer ce que nous (ce nous est piquant) avons déjà conjecturé à priori sur l’école du Nord. Voici ce qu’elle m’écrit :
« Une dame de Copenhague, la comtesse de Reventlovv, disciple de l’école du Nord, tout comme Lavater, avoit mandé au dernier que, dégoûtée des contradictions qui se trouvoient dans cette école, elle avoit tout quitté; qu’elle s’estimoil fort heureuse d’avoir cherché et trouvé une voie plus simple. »
Qu’est-ce que le physique que Saint-Martin a eu, lui aussi et dès l’école de Martinez?
C’est évidemment ce qu’on se vantait d’avoir eu à l’école du Nord, c’est-à-dire des apparitions ou des manifestations sensibles.
Et pourquoi en a-t-il eu moins que ses camarades?
11 le dit : « Il m’a été aisé de reconnoître que ma part a été plus en intelligence. » Voilà pourquoi il conseille à son ami de ne point chercher de physique du tout. Il veut le fond; s’il ne méprise pas la forme, il n’estime
UERDORT.
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pas ce qu’elle donne. Rappelons -nous « l’iniliation de Versailles par les formes. »
Eu général, Saint-Marlin resta froid pour ce système de vulgarisation qui prétend mettre le monde des vivants tout entier en contact avec le monde des morts. Après sa mort et celle de son disciple Liebisdorf, un élève de ce dernier, M. de Herbort de Reine, avait admis sur ce sujet la tradition commune, celle que Saint-Martin non -seulement voyait familièrement les esprits, mais qu’il ouvrait la vue ou donnait la faculté de les voir à scs adeptes. 11 en écrivit à Salzmann comme d’un fait positif. Or voici ce que Salzmann lui répondit le 10 août 1810.
<( Quant à l’assertion contenue vers la fin de votre lettre sur le don que possédait Saint-Martin d’ouvrir la vue ou le regard sur le monde des esprits, je la mets fort en doute. J’ai connu Saint-Martin dès 1777 (sic). Il fut à Strasbourg pendant deux (sic) ans, et ne quitta cette ville qu’au commencement de la révolution. C’est ici qu’a été imprimée, sous ma direction, la première édition de Yllutttme de désir (voyez ci-dessus, p. 183). Je connais très-exactement ses travaux. Il n’opérait pas sur le monde des esprits dans le sens ordinaire, et n'ouvrait pas les yeux aux autres pour y regarder. Cela est à coup sur un malentendu. Saint-Martin était d’ailleurs très-secret, et ne parlait de certaines choses qu’avec des initiés1. »
t. Correspondance mystique de Salzmann , tome 1, contenant la correspondance autographe de Lavater et autres mystiques de Suisse et d'Allemagne, (üe ma collection.)
l’esprit divin.
C’est à un tout autre résultat qu’un simple ensemble de phénomènes merveilleux que vise Saint-Martin, et c’est à d’autres conditions que ces opérations douteuses, c’est à des conditions morales qu'il attache le succès. Il ne veut avoir affaire qu’à l’aristocratie des cieux, et ne veut y parvenir que par le plus haut degré d’identification morale avec Dieu qu’il soit donné à l’homme d’atteindre.
Tout est personnel, dit-il, dans les rapports de filme, dans le développement de ses puissances, dans la régénération dont elles ont besoin et dans l’élévation qu’elles prennent à cette œuvre de palingéuésie. Voilà sa doctrine, et ainsi dégagée elle est bien digne d’attention.
Est-ce autre chose que la doctrine chrétienne?
Celle-ci se borne à dire que la régénération morale de l’homme est l'œuvre de l’Esprit divin, et qu’en produisant en nous un nouvel homme, en transformant le vieil homme en un autre, cette régénération nous mène à la sanctification et modifie complètement le jeu*de nos facultés éthiques : elle fait en sorte que ce n’est plus nous -mêmes qui nous gouvernons, mais que c’est l’idéale perfection qui s’est révélée au genre humain, le Christ vivant en nous, qui règne sur nous. Voilà le mysticisme chrétien.
La doctrine mystique de Saint-Martin ne s’arrête pas à cela; elle va beaucoup plus loin, si ce n’est dans -ses idées, du moins dans son langage, qui est toujours à lui, toujours très-imagé. A la place du Christ il met la cause active et intelligente, et il fait jouer à l’Esprit divin et à la Sophia céleste , qu’il appelle lé corps de Christ; un rôle qui nous surprend autant qu’il au- ■