LE GRAND
il reste définitivement lui-même dan» l'interprétation de la nature et la puissance des noms prononcés. Seulement il le fait avec réserve et avec l’humilité d’un disciple, il met son opinion sous le pavillon de son maître Bœhme.
Liebisdorf s’empare de ce même moyen, et édifie une théorie complète, mais singulièrement hasardée. » (Lettre du 29 juillet 1795.)
« 11 me paroît que la doctrine de notre ami B... est que chaque mot prononcé devient substantiel , agit comme substance et cesse d’être seulement l’expression de notre pensée. »
Il n’est rien de plus leste que cette doctrine, si ce n’est le procédé qui l’a fournie. Si elle a une ombre d’apparence, elle n’a pas une ombre de solidité. On voit aisément tout ce qu’il y a de faux. En effet, comment peut-on dire que chaque mot prononcé devient substantiel? Est-ce à dire qu’il en résulte une substance? L’émission de nos idées traduites en mouvements qui frappent l’air y enfante des vibrations , les vibrations produisent des sons, les sons des idées, les idées des sentiments, les sentiments des voûtions, les voûtions des œuvres , et les œuvres sont les unes des créations, les autres des transformations. Il y a là, sans doute, toute uue série de choses, les unes matérielles, les autres morales ; les unes, les œuvres matérielles, de véritables substances ; les autres, les œuvres morales, aussi puissantes ou plus puissantes encore que des substances physiques. Et toutes sont nées de nos idées ou de nos paroles prononcées. Cela est vrai ; mais ce ne sont pas par les mots prononcés par nous que ces substances