LIS SAINT
Martin : l’homme est comme une plante dont Dieu est la sève et la vie.
Ce mot peut être querellé ; mais c’est une de ces figures qu’on trouve chez les mystiques les plus admirés. 11 est vrai qu’on la rencontre aussi chez quelques-uns des auteurs les plus enclins au panthéisme. Sous la plume de Saint-Martin elle n’est réellement qu’un mot d'une grande ambition, et ne révèle qu’une idéalité exagérée : il veut s’unir à Dieu et laisser la pensée divine régner dans la sienne, comme dans l’arbrisseau règne la sève qui le vivifie. Voilà sa métaphore, expression fidèle de la métaphysique, mais expression innocente; car malgré la haute ambition qu’elle affecte, Saint-Martin veut si peu être Dieu, qu’il veut, au contraire, être à Dieu, il veut être un de ses saints, ce qui n’est qu’une aspiration légitime, puisque ce doit être celle de tout le monde.
Mais, quant à celle-là, il la professe bien haut, il l’affiche. Il craint bien de n’être qu’un demi-élu, mais il veut être un saint , et cela sans passer pour sot. « Les gens du monde, dit-il, croient qu’on ne peut pas être un saint sans être un sol. 11s ne savent pas, au contraire, que la seule et vraie manière de n’être pas uu sot, c’est d’être un saint. » (Portr., 980.) Le saint est seul dans le vrai; au lieu d’avoir à chercher Dieu, et encore sans avoir l’assurance de le trouver, il peut être sûr que c’est Dieu qui le cherche et qu’il saura le trouver, lui.
Saint-Martin a eu le bonheur d’être trouvé et pris. « Dieu est jaloux de l’homme, dit-il : je me suis aperçu qu’il l’étoit de moi comme de tous mes semblables, et