LES CONDAMNAI IONS
même, il ne veut accepter systématiquement que la première. «Mon Ame dit quelquefois à Dieu : Sois tellement à moi, qu’il n’y ait absolument que toi qui soit avec moi.» (Portr., 241.) Dieu, s’imagine-t-il, ne veut pas qu’il fraye avec d’autres que lui « pour la communication et la confiance. » (Portr., 1 54.) Et avec qui frayer? «Les hommes, pour Saint-Martin , sont presque tous .à l’état d’insectes enfermés dans de la glu ou dans des gommes, et dans ces fossiles transparents que l’on rencontre dans la terre. » (Portr. , 1 9 1 .) « Le monde, n’ayant d’esprit que pour être méchant, ne conçoit pas qu’on puisse être bon sans être bête. » (Portr., 242.)
Cette franche boutade n’atteste-t-elle pas, d’ailleurs, la puissance et la profondeur d’une afrecliun réelle?
Saint-Martin sait bien se reprocher un peu de n’avoir pas aimé comme il aurait dû; mais il sait « qu’il a été obligé de rétrécir son coeur au point de faire douter qu’il en eût un. » D’ailleurs, comment l’aurait-il donné à des gens « qui ne l’auroient pris que pour l’ensevelir dans leurs ignorances, leurs faiblesses et leurs souillures? » (Portr., 313.)
Si justes que soient ces critiques, peut-être valait-il mieux les renfermer en son cœur; du moins, de la part d’une âme aussi délicate, est-on blessé, même au nom du goût, de voir que les femmes elles-mêmes sont comprises dans ces sévérités qui affectent les plus libres allures. « La matière de la femme est encore plus dégénérée et plus redoutable que celle de l’homme, » dit Saint-Martin. Et il se sait heureux de ce qu’une voix intérieure lui dise, bien au fond de son être, qu'il est d’un pays où il n’y a pas de femmes. (Portr., 468.) Son