‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 285 sur 360 · LES LIVRES · texte numérisé non relu

LES LIVRES

teurs de laisser là tous les livres. » S’il ajoute, même les miens, cela est de bon goût, mais cela ne change rien au jugement. Peu lui importe, d’ailleurs, qu’il voie ou ne voie pas, de son vivant, l'eii’et qu’il attend de ses écrits. « Ma tâche, dit-il, est neuve et unique ; elle ne portera tous ses fruits qu’après ma mort. » (Portr., 1135.) L’effet n’est pas son affaire, c’est celle de Dieu. S’il y a des défauts dans ses ouvrages, ce n’est pas lui, c’est Dieu qui les a voulus : c’est pour écarter par là les yeux du vulgaire. (Portr., 1H6.)

D’ordinaire, ceux qui ont le mieux travaillé s’aper-. çpivent à la fin de leurs jours que leur tâche n’est pas accomplie. Saint-Martin est plus favorisé ; sa carrière, il l’a parcourue tout entière. 11 nous le dit avec une grande aisance : « Ce qui m’a donné tant de joie dans ma carrière, — et la joie est une apparition bien venue dans la vie d’un Jérémie, — c’est de sentir que, grâce à Dieu, j’étois connue arrivé avant de partir, tandis qu’il y en a tant qui ne sont pas partis après être arrivés. » (Portr., 1033.)

11 n’est rien de plus noble dans la vie d’un homme, que cette élévation au-dessus des intérêts vulgaires et des préoccupations sociales qui lui permet d’aller droit au but, de vouer librement aux choses morales toutes les facultés de son âme; mais arriver trop vite, c’est arriver trop facilement et peut-être après avoir jeté les armes du combat. Rien n’est plus contraire à une haute moralité que ce détachement, réel ou factice, ce dédain mystique des choses de ce monde, qui ne veiit s’occuper que de celles de l’autre. La sagesse assigne à celles-ci et à celles-là leur prix véritable, et la vertu humaine eon-

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