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lieux ; car c’est l’univers où nous sommes engagés, l’univers où nous ne sommes qu’un atome, qui nous explique; ce n’est pas l’atome, ce n’est pas l'homme qui explique l’univers. Mais d’abord Saint-Martin dédaigne réellement le paradoxe, quand même en apparence il semble l’aimer et, qui plus est, le prodiguer. Sa pensée n’est pas toujours vraie, mais il n’est rien de plus sérieux ni de plus sincère que sa pensée. Ensuite, celle qui forme le fond de son nouveau travail se prête réellement au plus bel enseignement du monde au moyen d’une simple explication.
En effet , nos facultés internes et cachées , dit Saint- Martin , sont les vraies causes de nos œuvres externes. Cela est facilement démontré. Eh bien , de même dans l’univers entier ce sont les puissances internes qui sont les vraies causes. La cause primitive des phénomènes externes est une puissance interne, et il est aisé de voir que l’étude de l’homme donne la clef de la science des choses. C’est que, loin de vouloir nous cacher la vérité, du moins les vérités fécondes et lumineuses qui sont l’aliment de l’intelligence humaine , loin de vouloir les dérober à nos regards , Dieu les a écrites dans tout ce qui nous environne. Il les a écrites dans la force vivante des éléments, dans l’ordre et l’harmonie de tous les phénomènes du inonde. Mais il les a écrites beaucoup plus clairement encore dans ce qui forme le caractère distinctif de l’homme. Or, s’il a tant multiplié à nos yeux les rayons de sa propre lumière, ce n’est pas, certes , pour nous en interdire la connaissance. Au contraire. Aussi, étudier la vraie nature de l’homme et induire des résultats que donne cette étude la science
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de l’ensemble des choses , les apprécier aux rayons de la lumière la plus pure : tel est le grand objet du philosophe.
Et tel fut celui des volumes que Saint-Martin fit paraître à Lyon, en 1782 , sous ce titre : Tableau naturel des rapports qui existait entre Dieu , l'homme et T univers. Edimbourg, 2 vol. in-8°.
Cette nouvelle publication , beaucoup plus lucide que la première, ne le fut pas assez et ne répondit pas au grand désir de ses amis , ni au besoin de constante clarté qui est celui de tout lecteur , ni à ces habitudes de simplicité élégante et un peu populaire, commune, qui était le goût de l’époque. Aux yeux du public comme à ceux des amies spirituelles de l’auteur, le second ouvrage de Saint-Martin porte encore trop le cachet de quelques singularités trop chères à son auteur, et l’on put prévoir dès lors que c’était là, non pas une manière, mais une sorte de forme naturelle de sa pensée dont il ne se corrigerait jamais entièrement.
Il y a des partis pris, des locutions favorites auxquelles il devait renoncer difficilement. Ainsi Dieu est appelé tantôt le premier mobile , tantôt la cause primitive , tantôt la vie. Les forces de la nature sont qualifiées de puissances supérieures ; les phénomènes, d'actions. Saint-Martin a d’autres idiotismes. Ainsi, pour pénétrer dans le sanctuaire des facultés divines , il faudrait connaître quelques-uns des nombres qui les constituent. Les nombres sont des vertus ; le Verbe est le type du symbolisme universel, et la nature est l’œuvre universelle de ces facultés invisibles. Cela se rapprochait singulièrement, et comme par anticipation, de ce que l'au-
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teur devait trouver plus tard dans Jacques Bœhme sur les principes et l’essence des choses. Ne nous arrêtons pas à d’autres singularités qui sont pourtant plus inexplicables peut-être. C’est ainsi que le nom de Lyon est 'encore une fois supprimé sur le titre du volume et remplacé par celui d’Edimbourg. Et, dans un avis que personne ne leur demandait assurément sous cette forme, les éditeurs déclarent : 1° qu’ils tiennent d’une personne inconnue le manuscrit de cet ouvrage ; 2° que la marge en est chargée d'un grand nombre d’additions d’une écriture différente de celle de l’auteur, et 3° qu’elles sont marquées de guillemets « afin qu’on pût les distinguer du travail lui-même , dans le cas où elles venaient (sic) d une personne « laquelle f auteur avait prêté son manuscrit. »
Voilà, pour un écrivain qui a débuté par un volume très-grave et très-philosophique sur les erreurs et la vérité, des paroles propres à faire naître bien des erreurs.
Au surplus, ces habitudes de pseudonymie affectée, qui ne sont plus dans nos goûts et qui n’ont plus de raison d’être pour personne, ne doivent être jugées qu’au point de vue'des vieilles lois et des vieilles mœurs. Le fait est qu’elles n’ont jamais eu de motifs assez sérieyx pour M. de Saint-Martin, dont la pensée fut toujours si réservée et le respect pour les choses saintes si profond. Quel intérêt avait-il à dérouter le lecteur sur le lieu d’impression de son ouvrage à une époque où les mauvais livres avaient seuls besoin du pavillon d’Amsterdam, de celui de Londres ou de celui de Lausanne?
C’était donc par un autre ordre d’idées qu’il mettait en avant son Édimbourg ou d’autres noms fictifs, sur