ANCILLON
cret le plus important, celui de joindre à la science du précepte la science de l’application; secret diflicile à communiquer, vu l’impossibilité où se trouve l’homme d'être utile à l’humanité quand il est réduit à luimême. »
Je ne connais pas, de cette époque, de pages plus étranges, plus originales, plus piquantes que celles-là. Elles surprirent singulièrement l’Académie, qui remit cette question au concours et couronna, un an après, un mémoire de Louis Ancillon. C’était le père, je crois, de notre illustre contemporain qui ouvrit aussi sa brillante carrière de publiciste et d’homme d’Etat par des discours et des traités de morale. Louis Ancillon ne conquit par les siens qu’une place à l’Académie. Son fils Frédéric, qui mourut, en 1837, président du Conseil et ministre des affaires étrangères, était comme un second type plus marqué de cette rare union d’une science élevée et d’une haute piété qui avait distingué le père.
Simple pasteur de la paroisse française de Berlin, mais philosophe érudit, celui-ci avait puisé aux sources les meilleures, et surtout dans Platon , des solutions aussi acceptables du monde politique que du monde savant. Et si remarquable que fût le travail de son concurrent, soit par la sévérité ingénieuse de ses vues, soit parla loyauté austère de son langage, on doit convenir que la question fut traitée par lui avec plus de méthode qu’elle ne l’avait été par son spirituel concurrent. Toutefois, Saint-Martin, qui aime à répéter qu’il estime peu les livres et la science qu'on y puise, nous dit à ce sujet qu’il estime mal des succès dus à l’érudition. Et il a raison au nom de ses tendances et de ses habitudes. Mais