HEREFORD
l’homme dont l’autocratrice raillait le maître et un rare degré d’indépendance à l’égard de sa souveraine.
Saint-Martin, n’écrivant sur sa vie intime que des notes rapides, des notes pour lui seul, ne nous dit pas jusqu’à quel point il a trouvé accès pour ses idées spéculatives auprès des Anglais eux-mêmes, Law et lord Hereford exceptés. Il ne nous peint non plus ni l’Angleterre politique ni l’Angleterre ecclésiastique.
L’une ou l’autre a-t-elle sérieusement üxé son attention ou ses sympathies?
L’anglicanisme ou l’Église anglicane ne pouvait pas lui aller. Dans les institutions du pays il trouva avec joie la réalisation de quelques-uns de ses principes; mais il s’en éprit beaucoup moins que plusieurs de ses amis. Le fait est qu’au bout de quelques mois il se laissa facilement entraîner d’Angleterre en Italie, à la différence de son ami Divonpe, qui ne voulut plus se séparer du digne Williams Law, une fois qu’il l’eut vu. Il lit son voyage d’Italie dès 1787, et ce séjour à Londres fut réellement trop court pour les nombreuses relations que Saint-Martin y forma, soit avec des familles d’Angleterre, où les intimités ne se nouent qu’avec le temps, soit avec des familles de Russie, où elles suivent des voies plus françaises. Pour cultiver tant soit peu ces rapports, il eût fallu y consacrer un temps beaucoup plus considérable. Or Saint-Martin nous dit lui-même, dans une note datée de 1787, qu’il fut en Italie dès cette année.
Il nous apprend une chose plus étrange : c’est que, dès 1787, il vit à Chambéry une nombreuse société venue là de France par suite de la révolution française,
1 iO PARME.
L’cmigration ne remontant pas si haut, on est tenté de supposer une erreur de date, ou d’admettre un peu de confusion dans les souvenirs de deux voyages différents. Mais Saint-Martin n’est pas retourné en Italie depuis 1787, et la difficulté subsiste. Je l’ai déjà signalée en parlant de ses relations avec madame de Lusignan et d'autres familles qu’il dit y avoir vues dans l’émigration. Il est d’ailleurs hors de doute que Saint-Martin passa à Parme ladite année. Il note, qu’il le fit sans voir les Flavigny qui s’v trouvaient, et que déjà nous avons ajoutés à la longue liste de ses relations.
Le fait est qu’il fut à Rome dès l’automne de 1787.
Quels sont ceux de ses amis de 1773 qu’il revit en Italie, et quelles dispositions pour ses objets y trouva-t-il au début de la nouvelle ère qui s’ouvrait alors, non pas pour la France seulement, mais par elle pour l’Europe?
Ces dispositions étaient autres, évidemment, car Saint- Martin osa cette fois se rendre à Rome, où il n’avait pas été douze ans auparavant, ne voulant pas même alors se montrer à Turin ; mais il garde à ce sujet un silence absolu. Nous parlons des dispositions religieuses seulement. Car, quant à la politique, elle n’entrait pour rien, à ce qu’il me semble, dans les idées qui motivèrent ce voyage.
Déjà la monarchie française était affaiblie au point qu’elle se croyait écrasée par le chiffre de ses dettes, chiffre dont on rirait aujourd’hui; déjà, dans le pressentiment de sa décadence, les uns déclaraient la vieille politique aussi impuissante à répondre aux exigences , du siècle qu’aux nécessités de l’État, tandis que les autres ne trouvaient de salut que dans le maintien de