I.A MISSION DE SAINT iMARTIN
étaient ancrées dans la superstition populaire aussi fortement que dans la terre où nous les retrouvons enfoncées.
La dévotion aux arbres est plus connue. Tout le monde sait que le chêne, que le gui sacré jouaient un rôle important dans le culte druidique. Les arbres étaient aussi réellement adorés que les pierres ou les fontaines, puisque, encore au v° siècle, le deuxième concile d'Arles déclarait coupable de sacrilège tout évèquc dans le diocèse duquel les païens allumeraient des feux ou adoreraient les arbres, les fontaines et les pierres'. 11 y avait aussi, près des temples gaulois, des pins ou des ifs qui étaient l'objet d'une simple vénération : saint Martin en abattit; plus tard saint Eloi recommandait de faire disparaître ceux qui subsistaient de son temps, ainsi que les fontaines sacrées ^ C'était là une des dévotions les plus chères aux habitants de nos contrées. Aussi, lorsque les premiers monastères entreprirent leurs immenses défrichements et portèrent la hache au fond des impénétrables forêts qui recelaient les débris du druidisme expirant, entendit-on les derniers bardes gémir, et Merlin, leur héritier, maudire , avec les w loups romains » , ces « moines voraces », destructeurs des bois sacrés. Mais les moines faisaient une œuvre deux fois utile : du même coup, ils ouvraient à l'agriculture de vastes espaces, et ils chassaient de ses retranchements suprêmes une superstition qui, au lieu de consoler le peuple, semait chez lui de vaines terreurs. Arboribus suis horror inesl, disait Lucain ^ Les arbres, comme toutes les divinités païennes, n'étaient pas aimés de leurs adorateurs : ils étaient redoutés. Les forêts étaient peuplées par l'imagination de nos pères d'êtres nuisibles, de fées, de nains malfaisants, comme elles étaient remplies par les Grecs ou les Romains de satyres et de dryades qu'on fuyait avec un égal empressement. Les hommages qu'on leur rendait n'avaient qu'un but : celui de
1 Can. 23. (Lnbbe, IV, Kli:!.) = 2 Vio do 8. Kloi, II, l,j [S,,i,-ih',, V, 2i;i).
C.r. Dolisie, Éluilr sur 1rs riass,; ,nj,;cnlrs . T<o. 3 l'hnrs.. U^ . III.