‹ Saint MartinChapitre 11 sur 317 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

conjurer leur influence funeste ^ Il élait réservé à la vraie religion de présenter la Divinité comme un être essentiellement bon, et de faire naître dans le cœur de I homme ce sentiment profond , inconnu à tout le paganisme, l'amour de Dieu.

Le culte entier des Gaulois était fait, du reste, pour entretenir la crainte. Comme prêtres, comme juges, comme médecins, c'est-à-dire magiciens, les druides exerçaient sur les populations l'empire d'une triple frayeur. Et rien n'était plus motivé que ce sentiment, car ils tenaient dans leurs mains la vie de la plujiart de leurs adeptes. Les sacrifices humains étaient la base dvi culte et la cérémonie principale. Écoutons, sur ce point, les témoignages formels des auteurs anciens : la chose en vaut la peine, puisque les celtomanes ont voulu nier cette atroce coutume , ou du moins en atténuer considérablement la portée.

« Les Gaulois, dit César, immolent des hommes en guise de victimes ou font vœu d'en immoler. Les druides sont les ministres de ces sacrifices... Ils pensent que les holocaustes les plus agréables aux dieux sont ceux des individus qui ont commis des vols ou d'autres méfaits; mais, quand ce genre de victimes leur manque, ils sacrifient des innocents. » — « Ils immolent, dit aussi Diodore de Sicile, les prisonniers qu'ils font à la guerre. Lorsqu'il s'agit de décider une affaire importante, ils observent un rite extraordinaire, à peine croyable : ils frappent d'un coup d'épée à la poitrine un homme voué au sacrifice ; quand il est mort et tombé, ils tirent des présages de sa chute, de ses convulsions, du fiux de son sang, et comme cette pratique est en vigueur chez eux de toute antiquité, elle leur inspire une

' (I CeUe religion , qui ne dévelopiiail les ymes ni du côté de l'intelligence ni du côté des arts, dit M. Bulliot, les comprimait sous l'étreinte de la terreur; elle éteignait la sriisiliililé en ne découvrant la Divinité f|ue sous des aspects cruels .1 ihr\ni,,l,|, i>,,. rii.. p. o','.).) On pourrait en dire autani de toutes

ART LATIN DE LA DECADENCE (iX", OU XI® SIÈCLE)

1° « Le Christ, dans la gloire, entre les deux archanges Michel et Gabriel et les deux saints Gervais et Protais. <>

2" <i Saint Arabroise, officiant dans sa basilique de Milan, paraît s'endormir au milieu du rite sacré et se voit transporté en esprit dans la cité des Turones, où il assiste aux obsèques de saint Martin. » (Grégoire de Tours, Virl. S. Mart., o; Gloria Confessorum , 104. Cf., dans le présent livre, les pp. 368, 369.)

3° Il Ensevelissement de saint Martin , à Tours, en présence de saint Ambroise. •> Voy., ci-dessous, un agrandissement de cette scène.

Mosaïque absidale de l'église Sant' Ambrogio de Milan. La date en est fort discutée, et les érudits hésitent entre les ix", x'= et xi" siècles. Cette mosaïque, qui a déjà été reproduite par Puricelli (164.5), Ferrario (1824) et du Sommerard (1839-1843), a subi de nombreuses réparations, retouches et restaurations. Notre planche en reproduit très fidèlement l'état actuel. Voy. l'Appendice sur l'illustration.

D'après une aquarelle de H. Toussaint, exécutée à Milan en 1880 et mise sur pierre par Daumont.

foi aveugle. » Suivant Strabon, ils ouvraient quel([ucfois d'un coup de sabre le dos d'une personne vivante, et basaient leurs prédictions sur la manière dont elle se débattait ; ils en perçaient d'autres à coups de flèches; ils en crucifiaient, ils en brûlaient, mêlés à des animaux, dans des mannequins d'énorme dimension, faits de bois et de foin. Cicéron, Pomponius Mêla confirment aussi la réalité de ces rites sanguinaires Il n'y a pas de négation, pas de faux-fuyant possible devant des textes aussi formels. C'étaient des coupables condamnés à mort ou des prisonniers de guerre que les druides sacrifiaient, allèguent leurs défenseurs. Oui; mais, à leur défaut, ils prenaient des innocents, déclare César. C'était leur science médicale qui les conduisait à fouiller les entrailles des victimes, ajoute-t-on. Alors leur science médicale n'était que de la magie, puisque cette barbare opération leur servait à présager l'avenir, nous apprend Diodore.

Je veux bien que les Romains aient proscrit les monstrueux sacrifices des druides. « Le gouvernement de Tibère César supprima le druidisme, » dit Pline. « La religion des druides, d'une barbarie révoltante, interdite seulement sous Auguste, fut entièrement détruite par Claude, » dit Suétone Et les termes dont se sert cet auteur, celui de religionem, désignant plus particulièrement le rite, la cérémonie religieuse, celui de dirse immanilalis , qui semble se rapporter à une cérémonie cruelle, atroce, confirment encore le passage de Strabon que je viens de citer. Il est bien probable, en effet, comme l'a dit M. Fustel de Coulanges dans un mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques, que les prohibitions de la loi romaine

I César, Dell Gall., VI, 16; Diodore, V, 21, :!l ; Sli^ibun, 3; r.iréron, Pro Fonteio; Pomp. Mêla, III, 2. Cf. la Cilé r/a iilms.- . 3;i d suiv. = 2 Tiberii Cxsaris principalus sushdil druidas. (Pline.) Jiniiilnrinn rrliiiionem , dira: immanilalis cl tanlinn suh Angusio inlcnlirlam , Claudiut; pcnilus abolevit. (Suétone.) V. le Journal officiel du 10 avril 1879 (srance do l'Académie des sciences morales et politiques).

Page 1