CHAPITRE IV
sont parvenus très mutilés, particulièrement en ce qui concerne les noms des évêques présents, le fait n'est nullement impossible; il est même assez vraisemblable, pour qui examine avec attention les canons promulgués, on se reflètent resi»rit et les préoccupations dominantes de notre saint pontife'. Il est plus certain qu'il assista au concile de Bordeaux, où furent de nouveau condamnés Priscillien et ses adeptes, en 384 ; car la chronique d'Idace, écrite au v" siècle, mentionne sa présence, et Grégoire de Tours, de son côté, nous le montre, vers la même époque, ensevelissant à Blaye son disciple saint Bomain^ Cette seconde assemblée fut convoquée par l'initiative de l'empereur ou du « tyran » Maxime, officier romain qui venait d'être proclamé auguste par les légions de Bretagne, et de s'installer à Trêves après la mort déplorable de Gratien , ce jeune fils de Valentinien dont les vertus auraient pu arrêter la décadence de l'empire, s'il n'eût été assassiné auprès de Lyon par quelques traîtres au moment oîi il soutenait la lutte contre l'usurpateur. Le nouveau maître des Gaules était originaire d'Espagne ; il avait à cœur de rendre à son pays la paix religieuse, troublée par la nouvelle secte. Mais le concile réuni par lui n'aboutit, au contraire, qu'à envenimer le débat et à le déplacer complètement. Deux prélats espagnols, Ithace et Idace, s'étaient énergiquement prononcés contre les hérétiques et, de plus, pour l'intervention de la puissance temporelle dans la répression de leurs scandaleux excès. Priscillien et les siens les poussèrent eux-mêmes dans cette voie : après avoir échoué dans leurs tentatives de justification auprès du saint-siège, ils se virent définitivement flétris par l'unanimité des Pères de Bordeaux ; alors ils récusèrent leur autorité pour en appeler à l'empereur. Leurs adversaires commirent la faiblesse d'accepter cet appel, et leurs
t Sulp., Chron., II , 46 et suiv. Labbo, Concil. II, UW. Gervaise, p. 171 ; e(c. = i Mal. chron (D. Bouquet, 1, 611.) Grég., Glor. Conf., '.6.
deux accusateurs acharnés, plus remplis d'animosité que de zèle véritable, s'empressèrent de les suivre à la cour de Trêves, entraînant avec eux un groupe d'évèques auxquels ils avaient fait partager leur manière de voir; exemple déjà fort mauvais, qui, en transportant à un tribunal civil la connaissance des causes religieuses, pouvait devenir aussi funeste à l'Église qu'à l'hérésie. Mais Ithace et ses partisans ne s'en tinrent pas là : trouvant Maxime disposé à entrer dans leurs vues et croyant flatter ses sentiments personnels, ils oublièrent la sainteté de leur caractère jusqu'à réclamer et à poursuivre eux-mêmes la condamnation à mort des sectaires'. C'était chose inouïe dans la catholicité. Constantin et ses successeurs avaient bien porté des lois sévères contre l'hérésie; tout récemment une constitution impériale venait de déclarer passibles du dernier châtiment les abominables pratiques de certaines sectes, devenues un scandale notoire et une atteinte à la morale publique: mais ce qu'on n'avait jamais vu , c'étaient des prêtres participant à cette répression sanglante, ou plutôt l'exerçant. Un procédé si contraire à l'esprit de l'Evangile allait-il rencontrer l'approbation, le succès? Allait- il s'implanter, et verrait-on désormais les successeurs des apôtres prononcer la peine capitale au lieu et place des magistrats? 11 y avait là un double empiétement : l'empereur, ne se contentant pas d'appliquer les lois civiles, mais jugeant une querelle religieuse, empiétait sur le for ecclésiastique ; les évêques , employant le glaive temporel, empiétaient sur les attributions de la justice séculière. La question était donc d'une importance exceptionnelle : transformée, agrandie, elle atteignait les principes vitaux de la constitution de l'Église ; sa solution était grosse de conséquences pour le présent comme pour l'avenir. En attendant, le procès des priscillianistes s'instruisait.
Les choses en étaient là, lorsque saint Martin fut appelé
' Sulp., Chron., Il, 46 et suiv. Baronius, an. 38^. n« 22 et suit.