‹ Saint MartinChapitre 12 sur 317 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

concernaient spécialement les sacrifices humains. Et c'est précisément parce que ces sacrifices constituaient la pratique principale, et comme le fond du culte druidique, que les écrivains romains se crurent autorisés à dire que leurs empereurs avaient détruit ce culte ; car le reste de la religion, car le druidisme lui-même survécut, quoique mutilé, à Tibère et à Claude. Pline nous décrit la cueillette du gui sacré comme une chose pratiquée encore de son temps, sous Vespasien, et Tacite signale l'action des druides dans les troubles qui éclatèrent en Gaule sous le même règne ^ Nous trouvons, d'autre part, des mentions de druidesses dans Vopiscus et Lampridius, qui racontent leurs prédictions sur la mort d'Alexandre Sévère et l'avènement de Dioclétien ; et, bien que l'auteur du mémoire académique assure que le christianisme n'a pas eu à combattre le druidisme ^ bien que d'autres aient prétendu, au contraire, qu'il se l'était associé, qu'il s'en était servi (assertion téméraire s'il en fut), il est certain que saint Martin, au iv" siècle, se trouva encore en face de superstitions celtiques fort tenaces, dans les campagnes surtout : cela ressort de plusieurs traits de sa vie que nous aurons à étudier. L'Armorique, où, devant la propagation de l'Évangile, le druidisme avait reculé comme dans ses derniers retranchements , resta même soumise à son empire deux cents ans de plus; et quant aux superstitions d'origine gauloise, on les voit poursuivies, dans l'intérieur de la France même, par saint Éloi, par les conciles des vu'' et vin" siècles : il y en a qui subsistent encore à l'heure qu'il est chez nos paysans.

' Pline, XVI, 9o; Tacite, Ilist., IV, 54. Journal officiel, n» du 8 mai 1879.= 2 M En résumé, il résulte de l'étude des textes, d'abord que les Romains, en prohibant certaines pratiques superstitieuses et barbares, n'ont proscrit ni les dieux gaulois ni les druides, ensuite que le druidisme et les vieilles croyances n'avaient plus aucune vie dans les derniers siècles de l'empiro, cl que le christianisme, lorsqu'il vint, n'eut pas même à les combattre. » Journal officiel, ibid.

Toujours est-il que la religion des Celtes portait le stigmate de la barbarie et de la cruauté, que les sacrifices humains formaient la base de leur culte, et qu'à l'époque où on ne les accomplissait plus au grand jour, on en faisait au moins le simulacre : Pomponius Mêla nous l'affirme. Certains textes nous donnent même à entendre qu'ils continuaient de se pratiquer clandestinement, au milieu des forêts, et Eusèbe, en plein iv" siècle, en parle comme d'un fléau toujours existant'. Mais qu'ils aient existé antérieurement, c'est déjà trop. Ainsi donc, il ne s'agit pas de se laisser aller à je ne sais quel sentiment de patriotisme mal placé, à je ne sais quelles poétiques rêveries du genre de celles de Jean Reynaud, qui écrit en parlant des druides : « Leurs écoles, ou, si l'on veut, leurs couvents étaient situés loin des villes, dans la majestueuse solitude des bois. C'est là qu'on se représente le plus volontiers ces austères philosophes travaillant avec sollicitude au développement de générations nouvelles, ou demandant, pour leurs méditations, aux vallées d'alentour quelque asile plus silencieux encore. Au lieu de ces scènes affreuses dans lesquelles se sont complu les historiens , on aime à suivre ces maîtres vénérables à travers les magnifiques jardins que donnent à l'homme, à si peu de frais , les vieux chênes , et à se peindre sur les gazons diaprés les flots paisibles de leurs tuniques blanches » Tout ceci est de la fantasmagorie ; et, pour ma part, je n'aurais guère aimé à suivre les druides au fond des bois, surtout un jour d'holocauste. Il faut voir les faits ; et les faits se résument en deux mots : le polythéisme et la métempsycose comme dogmes ; la superstition , la magie , la terreur comme instruments de domination ; l'immolation d'hommes vivants et innocents comme culte; voilà toute la religion des Celtes. Et ce ne sont pas quelques verts rameaux de gui , ce ne sont pas les flots ondoyants de quelques

' Priepar. cvangcL, 'i. = - Encyclopédie nouvelle, au mot Driddisine.

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