‹ Saint MartinChapitre 110 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

donc, ajoute le narrateur, que la femme ne doit pas nous commander, ni prendre place à nos côtés. Conclusion quelque peu rigoureuse; mais Sulpice, j'aime à le croire, parle ici comme moine et pour les gens d'Église : dans ce sens, il faut l'avouer, sa moralité est juste et opportune en tous les temps*.

Cependant notre saint ne donnait pas tout son temps aux grands de la terre. Loin de là, il profitait de tous ses moments de liberté pour exercer l'apostolat et semer les bienfaits parmi le peuple de Trêves. Tantôt un père éploré venait le supplier pour sa fille malade, réduite à la dernière extrémité : il la guérissait en la bénissant avec un peu d'huile, au milieu des cris d'enthousiasme d'une foule compacte. Tantôt un pauvre esclave, saisi d'un mal mystérieux, d'une fureur démoniaque, lui était apporté : lorsque son maître était païen, il l'adjurait d'embrasser la foi de Jésus-Christ si Dieu le rendait témoin d'un miracle, et alors il délivrait le malheureux possédé par l'imposition des mains. C'est par ce moyen qu'il amena la conversion d'un personnage proconsulaire nommé Tetradius, qui lui voua depuis une affection inaltérable, et dont la maison, d'après un ancien auteur, fut transformée en église, consacrée par Martin lui-même, et donnée plus tard à des moines bénédictins ^ Il sauva encore une autre victime du démon, qui écumait de rage, en lui introduisant les doigts dans la bouche, sans qu'il pût ou qu'il osât serrer les dents. Ce jour-lù, il n'était bruit dans la cité impériale que de l'approche d'une bande de bar-

1 rfui)!., DiaL II, 6, 7. Vita S. Mari., 20. Bien que le biographe ne précise pas l'ciiuipie de ces derniers laits, je les rattache sans hésiter au premier voyage lïiil pai' saint Martin à la cour de Maxime, parce que dans le second il resta l'oi t peu do trnqjs à Trêves et fut à peine admis auprès de l'empereur. Quelques auteuis eu ont distingué un troisième; leur sentiment ne me paraît pas justifié par les textes. D'autres, comme Reinkens (liv. 111, ch. vu), ont placé les deux repas offerts à Tévêque par Maxime et son épouse après le dénouement de l'affaire des priscillianistes : c'est une interversion encore plus invraisemblable. = 2 Vila S. Mart.. 16, 17. Cf. Martène, Hisl. de Marmoulier, 1, 36.

bares : on s'attendait à une prochaine invasion, et tout le monde tremblait d'avance. Il profita de l'occasion pour tirer la vérité de la bouche du possédé : celui-ci, adjuré de dire ce qui se passait, avoua que les bruits répandus étaient un artifice diabolique, nul peuple barbare ne songeant en ce moment à tenter une attaque Ainsi furent débarrassés de leurs terreurs les habitants de la métropole. Et par là grandissait chaque jour la popularité du saint étranger, en même temps que sa faveur à la cour.

Comblé partout de témoignages de déférence et de vénération, Martin pouvait croire que la cause qu'il était venu défendre était définitivement gagnée. Il partit de Trêves après un séjour de quelques mois au plus, non sans avoir fait renouveler à l'empereur la promesse formelle d'épargner la vie des priscillianistes. Mais à peine fut -il éloigné, que les ithaciens recommencèrent leurs obsessions. Maxime, on Ta vu, était un caractère faible : la voix de la justice ne parvenant plus à son oreille, les mauvais conseils reprirent facilement le dessus. Les partisans de la répression sanglante obtinrent une revanche aussi prompte que terrible. Deux prélats, Magnus et Rufus, persuadèrent au prince de remettre l'affaire aux mains d'Evodius, ce magistrat connu pour sa rigueur inflexible, qui s'était assis avec l'évêque de Tours à la table impériale. Le préfet, qui n'avait pas subi autant que son maître le charme souverain de cette vénérable figure, reprit avec ardeur l'instruction du procès. A la suite de deux interrogatoires, Priscillien fut convaincu par son propre aveu d'avoir pratiqué des maléfices, de s'être adonné à des études plus que suspectes-, d'avoir réuni la nuit des femmes débauchées, de s'être mis habituellement nu pour prier, etc. C'en était assez, sans doiite, pour tomber sous le coup de la loi civile, protectrice des mœurs. Néanmoins, comme l'hérésie formait le fond du

1 Vita S. Mari., 18. = 2 Obsccnis se studuissc cloctrinis... ( Su\i)., Citron., II , 50.)

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