‹ Saint MartinChapitre 113 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

douloureuse. A quelques lieues de Trêves, il avait à traverser une épaisse forêt : laissant en arrière ses compagnons de voyage, il profita de l'ombre et du silence de ces lieux pour s'abîmer dans ses amêres réflexions. Repassant dans son esprit toutes les particularités des événements qui venaient de s'accomplir, il s'accusait et se défendait tour à tour. Cependant l'accusation prenait peu à peu le dessus : avoir fraternisé une seule heure avec des prêtres indignes, c'était à ses yeux une faute des plus graves; et le remords, cette torture inconnue à son âme, commençait à l'envahir. Ses forces défaillirent dans cette angoisse; il tomba épuisé. A ce moment, rapporte Sulpice, un ange lui apparut et le réconforta, comme Jésus au jardin des Oliviers : « Tu t'affliges avec raison, lui dit-il; mais tu ne pouvais en sortir autrement. Reprends tes forces, rallume ton courage, de peur d'exposer, non plus ton honneur, mais ton salut éternel »

Le lieu de cette halte est désigné par le biographe sous le nom d'Andethanna, qui rappellerait, selon quelques-uns, le passage d'un ange. On a longtemps cru reconnaître cette localité dans le bourg d'Epternach , situé à environ trois lieues de Trêves, dans le grand-duché de Luxembourg, et célèbre jadis par son abbaye. D'autres l'ont placée à Ivois (aujourd'hui Carignan, dans les Ardennes), où s'éleva de très bonne heure, comme nous le verrons, un monastère en l'honneur de notre saint confesseur. Il paraît avéré maintenant, par l'étude de l'itinéraire d'Ethicus, que c'est un village luxembourgeois appelé Anwen , placé sur l'ancienne chaussée romaine qui reliait à Reims la métropole des Gaules. Le long de cette chaussée se trouve un certain nombre d'églises dédiées à saint Martin , passant avec assez de vraisemblance pour autant de souvenirs de ses voyages à la cour de Trêves. Il est vrai que toute la contrée envi-

1 Sulp., Dial. III, 13.

ronnanle, notamment les bords de la Sarre et de la Moselle, le pays Messin, les villes de Toul et de Verdun, sont remplis de traditions pareilles. Cela tient, sans doute, à ce qu'il ne passa pas toujours par le même chemin et prêcha l'Évangile dans un rayon assez étendu autour de la ligne directe qu'il avait à suivre

Après avoir reçu cette consolation céleste, Martin, ranimé, continua sa route. Mais depuis il évita soigneusement tout contact avec les ithacieas; et quand il s'apercevait que la vertu curative dont la bonté divine l'avait gratifié agissait sur les malades plus lentement qu'autrefois , il avouait avec larmes que c'était une punition du moment de faiblesse qu'il avait eu à Trêves. Il se condamna même, pour le reste de ses jours, à ne plus paraître aux réunions épiscopales. Un synode s'étant assemblé à Nîmes en 394, il eut envie de savoir ce qui s'y passait : il ne voulut pas aller s'en enquérir lui-même, et il ne l'apprit que par une nouvelle révélation , dont son fidèle historien et plusieurs autres de ses disciples , témoins du fait, contrôlèrent ensuite l'exactitude avec un soin minutieux Au reste , Sulpice semble avoir tenu de première main tous les détails relatifs à ses voyages auprès de l'empereur Maxime et à l'affaire des priscillianistes. Son récit très circonstancié nous l'indique. Les demi-confidences du pontife , les rapports plus précis de ses compagnons do route, qui devaient être, comme d'habitude, des moines de Marmoutier, et que l'historien vit certainement peu de temps après dans ce monastère, lui permirent de connaître à fond toutes les péripéties de ce drame. Lui-même se met

• Communications de MM. Eni^ling, de Luxembourg, et Godefroid Kurth, de Liège. Cf. Migne, t. LXXXVllI, col. .'ilfi (note de l'éditeur de Fortunut) ; Marlot, fJist. de la ville de Reims, I, 008; de Montagnac, les Ardenncs illuslrées. I, 47; Wiltheim, Lucilihurguin Romanum, etc. Une légende locale précise encore mieux le théâtre de l'apparition de l'ange en la plaçant à la montée de Fleiligenstein , près d'Anwen , où une croix de pierre a été élevée en mémoire du fait. == 2 Sulp., Dinl. 111, 13; II, 13. Cf. Héfélé, Hisl. des conciles. II, 247.

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