‹ Saint MartinChapitre 118 sur 317 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

des voies romaines qu'il a dïi suivre dans ses excursions, ou voisines d'une fontaine miraculeuse dont l'origine lui est attribuée, sont des traces de son passage'. Cette conséquence ne me paraît pas rigoureusement indiquée dans tous les cas. Les églises érigées en l'honneur de rapùLrc des Gaules se trouvent en telle quantité sur notre sol , dès l'époque la plus reculée, qu'il faudrait croire qu'il a posé le pied partout; et l'on doit en dire autant des fontaines portant son nom, des roches gardant l'empreinte de ses pas; car, si le savant bénédictin n'avait pas dû borner son étude au Poitou , il eût reconnu aisément qu'on les rencontre en beaucoup trop de localités pour qu'il soit permis de voir dans toutes un vestige authentique. Le vocable des églises ne peut nous prouver qu'une chose, c'est la présence d'une relique quelconque du bienheureux confesseur; et si nombreux étaient les pèlerins qui venaient prier sur son tombeau , si répandus les souvenirs de toute nature qu'ils en emportaient, que la multiplicité des autels à lui dédiés s'expli(iuc par là d'une manière très satisfaisante. J'attribuerai donc sculcuicnt une valeur relative à cette troisième catégorie d'indices : tout en lui reconnaissant une autorité supérieure, en général, à celle de la seconde, par la raison que les paroles volent et se dénaturent, tandis que les pierres demeurent, je ne m'en servirai (ju'avec prudence et comme argument confirmatif, d'autant plus que l'origine d'une ancienne église et l'époque de sa fondation sont presque toujours entourées d'une grande obscurité. Ces principes posés, commençons notre tour de France, et arrêtons-nous uniquement aux points oij nous pouvons retrouver avec quelque certitude la trace que nous recherchons. C'est surtout dans les campagnes que nous devrons la découvrir. Nous savons déjà que Martin était spécialement le prédicateur populaire, le père de la classe

1 D. Chamard, Méryi. de la Société des anliq. de l'Ouest, an. 1873, p. 342. Cf. S. Martin et Ligugé, p. 52 et suiv.

rurale et agricole, jusqu'alors déshéritée, malheureuse. Or, tous les caractères de son apostolat si bienfaisant et si intelligemment démocratique en Touraine, nous allons les voir se reproduire maintenant sur un plus vaste théâtre : même but, mêmes procédés.

En sortant de cette province du côté du nord, nous rencontrons immédiatement une des régions où le passage du voyageur de Dieu a laissé l'empreinte la plus profonde et la plus certaine : c'est le Vendomois et le pays Chartrain. Il se rendait une fois à Chartres avec quelques disciples, rapporte Sulpice Sévère, et parmi eux se trouvait, sinon l'écrivain lui-même, au moins son ami Gallus, dans la bouche duquel il place ce récit, lorsqu'en traversant le territoire d'un bourg très peuplé il vit s'avancer à sa rencontre une foule énorme. C'étaient évidemment des païens, car le nom du Christ n'était pas encore invoqué dans cette localité; mais telle était la renommée du saint, même chez les idolâtres, que tous les champs d'alentour s'étaient couverts de curieux, émus de je ne sais quel espoir. Martin comprit (c'est le mot du biographe) qu'il allait avoir de l'ouvrage ^ L'Esprit-Saint le remplit aussitôt, et, frémissant sous l'inspiration , il se mit à prêcher l'Évangile à cette multitude. Sa voix ne sonnait plus comme celle d'un mortel ^ Il se lamentait de voir une si nombreuse population ignorer le Dieu qui lui avait apporté le salut, et les gémissements entrecoupaient son discours. A peine avait-il fini, qu'une femme, dont le fils venait de mourir, fendit les flots de la foule et se précipita vers lui, tenant dans ses bras le corps glacé de l'enfant. « Nous le savons, criait-elle, vous êtes l'ami de Dieu. Eh bien! par pitié, rendez-moi mon fils; je n'en ai point d'autre. — Oui, oui, reprenaient les assistants, secourez cette pauvre mère. » Martin sentit alors, comme autrefois à Ligugé, ce souffle mystérieux qui

• Sensil Murlinus operandum. = 2 /Vec morlak sonans verbuin.

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