‹ Saint MartinChapitre 119 sur 317 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

lui annonçait les grandes choses. La conversion de ce peuple valait Lien un miracle: il vit, raconta-t-il plus tard à ses disciples, qu'il pouvait l'obtenir. Il prit donc le corps dans ses mains; il s'agenouilla devant tout le monde (car le secret, cette fois, n'était plus possible), et, quand il eut prié, il rendit l'enfant à sa mère : le mort respirait, il vivait! Une immense acclamation s'éleva vers le ciel. La multitude, transportée d'enthousiasme, se rua aux pieds du saint, demandant à grands cris le baptême. Bien qu'on fût en pleine campagne, il n'hésita pas une minute : séance tenante, il imposa les mains à tous, petits et grands. Puis, se tournant vers ses compagnons, il leur dit : « Je puis à bon droit faire des catéchumènes dans les champs; on y fait bien des martyrs ^ ! »

Cette résurrection était la troisième qu'il obtenait, et ce fut la dernière; car ses historiens ont remarqué qu'il avait rendu la vie à deux morts étant moine, à un seul étant évêque. Du reste, après l'éclat d'un tel prodige et ses résultats encore plus éloquents, ni l'influence du pontife ni l'admiration publique ne pouvaient plus grandir. Aucune scène ne saurait mieux peindre le caractère merveilleux et populaire de son apostolat; aucune ne donne mieux l'idée de la métamorphose que subissaient les campagnes oîi il avait passé. L'événement eut lieu, selon toutes les probabilités, à Vendôme. Cette ville naissante se trouvait, en effet, sur la voie romaine conduisant de Tours à Chartres, et elle était, sur son parcours, la seule localité pouvant former un vicus important à l'époque de Sulpice Sévère. Le village du Pré-Saint-Martin, malgré son nom, n'a pas de titres assez sérieux pour prévaloir contre une antique et constante tradition ^ La première église paroissiale de Vendôme, dédiée à l'illustre confesseur, a toujours passé pour être sa fonda-

1 Siiï[)., Dial. II, 'i. Allusion probable au supplice de la légion thébéenne dans un champ voisin d'Agaune. = La prétention de ce village est , du reste, assez ■timidement l'onnulée. (Communication de M. le curé du Pré-Saint-Martin.)

tion, et, tout près d'elle, un orme séculaire, qui a subsisté, dit-on, jusqu'au règne d'Henri IV, aurait marqué exactement le lieu de sa prédication si fructueuse ^ La présomption basée sur ces faits se trouve, d'ailleurs, en parfait accord avec un passage de Grégoire qui fait dire aux Tourangeaux, parlant de la résurrection opérée par leur évêque : « 11 n'en a fait qu'une dans notre contrée ^ » D'après ces mots , la scène se passait nécessairement dans un lieu très voisin de leur cité, sinon dans sa circonscription, et Vendôme remplit bien cette condition particulière. Le souvenir du passage de l'apôtre a, de plus, été consacré par le bréviaii'e du diocèse de Blois ^ Ici la tradition concorde trop bien avec les monuments écrits et les monuments de pierre pour ne pas mériter confiance. Une autre église fut érigée, dit-on , auprès de Chartres afin de perpétuer la mémoire du miracle : c'est celle qui porta depuis le nom de Saint- Martin-le-Viandié, nom donné généralement comme une corruption de Vilam dantis; toutefois les progrès de la science philologique ne permettent guère aujourd'hui d'adopter une pareille étymologie \

A Chartres même, l'apôtre opéra une guérison qui eut aussi un grand retentissement. Un père, cette fois, lui présenta sa fdle, muette de naissance, en le suppliant de lui rendre la parole. Deux évêques, celui de la ville, appelé Valentin, et Victrice, métropolitain de llouen, se trouvaient alors auprès de lui. Peut-être était-il venu pour conférer avec eux; peut-être y avait-il à Chartres, en ce moment,

1 V. de Pétigny, Hist. archéol. du Vendomois , p. 70, et de Marloiine, Mém. de la Soc. des sciences et lettres de Blois, VI, 9. = ^ Grég. , Hist., I, 43. = 3 Nec tantse gratise expers fuit ager Blesensis. Cum enim Turonis Carnutum iler faceret, per illius regionis vicos Christi fidem annuntians , fréquentes tune illic paganos , editis miracuHs , ab idolorum cullu revocavit, prsesertim puero suscitato, etc. {Brev. Bles., pars sesliva, p. 442.) — V. Gervaise , op. cit., p. 1C4."Martène ajoute {Hist. de Marmoutier, I, 32) que cette église s'éleva au lieu même où s'accomplit le miracle; mais son assertion ne paraît non plus avoir d'autre base que la vague ressemblance des mots.

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