CHAPITRE V
leurs, par Grégoire de Tours qu'il ensevelit de ses mains auprès du château de Blaye, sur les bords de la Garonne, un de ses disciples favoris, nommé Romain, mort précisément à l'issue du concile ou très peu de temps après, en 38b; et du Saussay dit avec raison que ce saint prêtre devait être un de ses auxiliaires'. Son apostolat dans ce pays ne peut donc guère être révoqué en doute. Enfin un groupe de traditions et d'édifices sacrés, accompagnant encore quelques anciennes pierres druidiques, se présente à l'extrémité méridionale de la Gaule, dans le diocèse de Pamiers. Certains légendaires racontent même que saint Martin retira de l'eau une enfant qui avait été jetée, après sa naissance, dans un des étangs de Frédélas, près Pamiers, et qui devint plus tard sainte Natalène, vierge et martyre; mais on n'est pas même sûr de l'époque où cette sainte a vécu. La présence du bienheureux pontife dans les vallées des Pyrénées pourrait, à la rigueur, s'expliquer par son voyage à Saragosse ; toutefois il est plus raisonnable d'admettre, avec les personnes les plus compétentes du pays, que son nom y fut répandu par quelqu'un de ses disciples, ou peut-être par son successeur Volusien, qui fut exilé dans ces montagnes à la fin du v'' siècle ^
Mais, dans la région opposée de la Gaule méridionale, nous savons déjà que nous allons rencontrer l'infatigable apôtre. La ville de Vienne en Dauphiné, illuminée par son apparition, est comme un phare propice qui va éclairer la fin de notre longue recherche. Quel motif l'attirait dans cette vieille métropole romaine? Sans doute le désir de connaître un des principaux et des plus anciens centres du christianisme dans nos contrées, mais plus probablement encore le besoin, devenu chez lui aussi impérieux que la voix de la nature, de gagner à Dieu de nouvelles âmes. Effectivement, tout ce que nous savons sur les faits qui signalèrent
' Grég., Glor. Conf.,i6. Marlyrol. gallic. D. Marlène, Hisl. de M ar mou lier , 1, 128. = 2 Communication de M. Pasquier, archiviste de l'Ariège.
son séjour se réduit à ses relations avec un homme illustre , dont la conversion allait bientôt après étonner le monde, et au baptême d'une femme inconnue. Ne regrettons pas, d'ailleurs, de ne trouver à sa venue dans ce pays aucune cause apparente, politique ou autre; nous n'en serons que plus convaincus de cette vérité, déjà énoncée plus haut et surabondamment justifiée par les résultats de notre enquête, que le zèle apostolique le remplissait assez pour l'entraîner à lui seul dans les excursions les plus lointaines. Il se rencontra à Vienne avec un de ses collègues, Victricius de Rouen, qui avait été soldat comme lui, et avec le fils d'un ancien préfet du prétoire des Gaules, qui lui-même avait été gouverneur de la Campanie et subrogé consul en 378. Ce grand personnage joignait à l'éclat de la naissance et au rang de sénateur un talent littéraire très remarquable, avec une fortune immense. 11 se nommait alors Pontius Meropius Paulinus : il devait s'appeler un jour saint Paulin de Noie. Quoique déjà chrétien, il tenait au monde par tous les liens que peuvent créer une haute position, une famille aimée. Mais Dieu le voulait pour lui seul, et il voulait le conquérir par Martin. Ces deux âmes se rapprochèrent instinctivement. Sous la toge sénatoriale et sous l'humble manteau de birre respiraient une même foi, une même charité : dans de telles conditions, l'on se comprend bien vite. Paulin souffrait d'une maladie des yeux ; il avait les pupilles couvertes de ce fatal nuage qui précède la cécité. L'évèque les lui toucha avec un pinceau : la douleur disparut, et sa vue redevint clairet C'était le moyen choisi par la Providence pour achever de lui dessiller les yeux de l'àme. Dès lors son cœur appartint tout entier à son sauveur; il l'écouta comme un oracle et professa i)our lui un véritable culte. Telle était sa vénération, qu'il lui décernait à l'avance les épithètes réservées aux saints couronnés dans le ciel. Ecrivant quelque temps après à Victricius, il lui rappelait
1 Sulp., Vila S. Mari., 19.