CHAPITRE I
niqué Il domina surtout dans les grandes villes, dans les civitates, plus entièrement romanisées, et dans les provinces méridionales; et il avait si bien éclipsé presque partout le paganisme celtique, que les légendes, les vies de saints, où se trouvent racontés les succès de nos missionnaires, les représentent toujours luttant contre l'idolâtrie romaine, soit qu'elle fût devenue leur seul adversaire sérieux, soit qu'elle fût considérée comme embrassant et réunissant on elle toutes les autres. Effectivement Rome, dans un but politique, avait libéralement ouvert son Panthéon aux dieux de la Gaule. Elle avait travaillé à absorber dans son large et tolérant polythéisme, comme dit Henri Martin^, toute la partie extérieure des croyances gauloises. Seulement clic avait romanisé les divinités comme leurs adorateurs : Teutatès était devenu Mercure, Bélen était devenu Phœbus, Ardoinna était devenue Diane, etc. L'analogie des mythes avait servi sa tactique. Mercure, surtout, avait complètement effacé Teutatès : c'était le dieu le plus honoré en Gaule au iv° siècle. On avait fait de lui , en quelque sorte, l'âme du monde, moium mentium suscitans. Grégoire de Tours parle d'un temple somptueux appelé Vasso , et déjà mentionné par Pline, qui était situé en Auvergne et qui fut détruit par un chef barbare du nom de Chrocus. Des substructions considérables et des ex-voto à Mercurius Dumiales , déterrés dernièrement au sommet du Puy de Dôme, prouvent que ce temple était consacré à Mercure. Mons Dumiaiis, d'où est venu Puy de Dôme ou Mont de Dôme, est l'analogue de Mons Mercurii, et ce dernier nom était lui-même très fréquent dans les contrées montagneuses de la Gaule. Ce Mercurius Arvernus était connu jusque sur les confins de la Germanie, où l'on a trouvé cinq
' Beugnol , Ilist. de la deslriiclion du paganisme , 1 , 290. Les Gaulois avaient abjuré jusqu'à leur nom : du temps de Grégoire de Tours, ils ne s'appelaient plus que Romani. Le terme de Gallo-Romain est une dénomination rétrospective et savante. = - Hisl. de France, I, 153.
inscriptions en son honneur. Un autre temple de Mercure s'élevait au sommet du Donon, dans les Vosges. Un autre existait près de Brioude, et reçut les adorateurs du dieu jusqu'à la conversion du pays par un miracle posthume de saint Julien. A Thorigny, on a découvert une inscription qui accompagnait une statue élevée, en 238, à Sennius Sollemnis, grand prêtre de Mercure, de Mars et de Diane chez les Viducasses (habitants de Vieux, dans le Calvados). Tous ces faits confirment le renseignement déjà donné par César : Deum maxime Mercurimn coluni ; ejus sunl plurima simulacra... Post hune, Apollinem, et Martem, et Jovem, et Minervam. Seulement, au temps de César, Mercure et Apollon n'étaient probablement que Teutatès et Bélen. La préférence donnée au dieu du trafic et de la parole apparaît encore aux derniers jours du paganisme ; car Sulpice Sévère, en rapportant les apparitions des démons ou des divinités païennes à saint Martin, met au premier rang Mercure ' .
Mais ce qui prouve bien mieux la prédominance acquise par la religion romaine, c'est le culte des dieux qui n'avaient point leur analogue dans la religion celtique. Cybèle, par exemple , ne pouvait avoir hérité d'une ancienne divinité gauloise : cette idole était bien une importation du peuple vainqueur. Or, la popularité de Cybèle balançait en Gaule celle de Mercure. Son principal sanctuaire se trouvait près d'Autun, qui était pourtant un centre druidique. Il ne fut abandonné qu'à la suite d'un miracle de l'évèque Simplicius, qui leur démontra matériellement l'impuissance de la « bonne déesse » en innnobilisant sa statue et les animaux attelés à son char, au moment où ils la promenaient autour de leurs champs '-. Et pourquoi donc ce succès tout particulier du culte de Cybèle chez les Gallo-
1 Sulp., Dial. Il , 13; César, Bell. GalL, VI , 17. Cf. Grég., HisL, 1 , 30, el Mir. S. Juliani, 5,0; Beugnol , op. cil., 1,370; Quicherat, llisl. du coslume,\).3û: Revue archéol, an. 1875, |). .30. = 2 Grog., Glor. Cnnf.. 77.