‹ Saint MartinChapitre 15 sur 317 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Romains? Toujours pour la grande raison qui faisait la force du paganisme en général : parce que ce culte avait un côté ultra- sensuel et se liait à l'exercice de la débauche. Beugnot, si indulgent pour ridolâtrie romaine, avoue que les prêtres de Cybèle étaient des hommes infâmes, joignant la bouffonnerie au vice le plus éhonté , parcourant les campagnes pour y propager les superstitions les plus dégoûtantes, superstitions qui devenaient ensuite le plus puissant obstacle à l'adoption du christianisme Un poème contemporain, récemment découvert , confirme le caractère abominable de leurs mystères ^ Prudence a flétri, de son côté, ces rites scandaleux, qu'interdirait aujourd'hui la police la plus tolérante. Saint Augustin, saint Ambroise ont élevé, eux aussi, une voix indignée contre cette espèce de prostitution légale qui déshonorait une terre et une époque déjà chrétiennes en partie ^ Ajoutons à cela les impuretés du culte de Mithra, ce mythe persan que certains rêveurs païens opposaient directement à Jésus, culte venu à la rescousse du fond de l'Orient et habilement associé à celui de Cybèle, comme pour lui communiquer une nouvelle force de résistance au moment de la propagation de l'Evangile; joignons-y les orgies des Saturnales, dans lesquelles, suivant un autre mot de Beugnot, plus profond qu'il n'en a l'air, s'était renfermé à la fin tout le paganisme '*, et les orgies des fêtes de Bacchus, et les orgies des 'Lupercales, et certaines obscénités dont on retrouve le vestige jusque dans nos provinces centrales : et nous comprendrons ce qu'était devenue la religion des Gaulois, si l'on peut appeler du nom de religion un ramas de mythes absurdes et de pratiques licencieuses empruntés à l'Inde, à

1 Beugnot, op. cit., 1, 370; II, 130. — - Sacraiis liceal nullis scrvarc piiclorem. Bibl. de l'École des Chartes, an. 1867, p. 297 et suiv. Cf. Revue archéol.. an. 1868, 1, V.W \ 11, o\. = 3 Prud., Hymv. 1(1; Aug., Civil. Dei, 11, 'i ; Anibr.. Op., IV, .',(111. cr. li,>llinL.rr, Il, ir,',i; m, 66. = 4 Op. ril., I, 383. Ci.

Dollin.LM'i-, m. r.J; l\-,r,n.

la Perse, à la Grèce, à Rome, aux Celtes, en un mol, à tout ce qui dans le monde avait oublié Dieu et mis à sa place le démon. Ah ! c'était bien Teffort suprême de Satan , c'était bien la grande ligue de l'idolâtrie cosmopolite organisée contre l'armée des prédicateurs du Christ! Elle n'avait plus pour base la croyance à Jupiter et à l'Olympe, car on ne croyait plus à rien; mais elle s'appuyait sur quelque chose de plus redoutable et de plus tenace, sur les instincts dépravés du cœur humain. Il n'y avait plus de religion ; mais il y avait un naturalisme barbare, sans morale comme sans dogmes, favorisant la débauche luxueuse du riche et l'abrutissement du pauvre. « un chaos indéfinissable de scepticisme et de crédulité, de dégoût de la vie et d'aspiration vers l'inconnu , d'inquiétude et d'attente universelles. » Cette appréciation émane de M. Henri Martin lui-même, et il y ajoute une remarque d'une vérité saisissante : « Il n'est que trop facile, au siècle où nous vivons, de comprendre cette situation des âmes dans un autre âge »

Hélas! oui, malheureusement, nous comprenons. Et non seulement nous comprenons cette décadence irrémédiable de ridée religieuse , mais nous comprenons aussi l'effroyable décomposition sociale qui l'accompagnait, et la corruption générale des mœurs, et les abus croissants du luxe, et le règne des rhéteurs, et la plèbe dévergondée qui allait jusqu'à renoncer à la belle langue de ses pères, à la langue de Cicéron et de Virgile, pour parler un affreux argot, et cette pseudo-liberté cachant la pire des tyrannies, celle de la foule inconsciente, et cette fiscalité impitoyable, et cette adoration du dieu État, dernière idole érigée par le paganisme romain sur les débris de ses divinités en poudre , quand il décréta le culte du divin empereur, de la divine république, et fit encenser la statue de Rome victorieuse.

1 Ilisl. de Frann-, I, 217.

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