‹ Saint MartinChapitre 168 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

taine, mais tombé malade à Saintes, se traîne jusqu'à Tours afin de ne pas quitter ce monde sans avoir imploré l'intercession du bienheureux apôtre : après avoir satisfait sa dévotion et répandu des largesses, il s'en retourne mourir à Saint-Denis, auprès d'un autre protecteur ^ L'an 800, Charlemagne entreprend, suivant l'ancienne coutume, de visiter les « corps saints » qui reposent en France, pour s'en aller ensuite à Rome, oîi l'attend la couronne impériale. Il se rend par eau d'Aix-la-Chapelle à Rouen, arrive après Pâques dans la cité tourangelle, avec ses fils Charles, Pépin et Louis, et tient sous les auspices de saint Martin une cour plénière, oîi il reçoit les hommages de la noblesse de Bretagne et partage d'avance le royaume entre ses trois héritiers. Mais en môme temps il a la douleur de perdre son épouse Liulgarde, dont la santé chancelante lui avait fait prolonger son séjour jusqu'au mois de juin, et l'ensevelit à l'ombre de la sainte basilique '-. Le célèbre Alcuin s'était trouvé, d'après une de ses lettres, à ce pèlerinage solennel, et avait |ti('si(lc aux préparatifs de la réception royale ^ Les descendants du grand empereur demeurent également fidèles à la tradition de nos souverains. Louis le Débonnaire visite à ditîérentes reprises le célèbre sanctuaire, notamment pour remercier Dieu de sa victoire sur Pépin d'Aquitaine ^ Charles le Chauve signe en face du tombeau des donations pieuses et se montre jusqu'à sept fois à Tours ^ En 878, bien que le corps du bienheureux soit absent , Louis le Bègue malade vient lui demander son rétablissement et l'obtient ^ Puis les chefs de la maison qui doit remplacer sur le trône la postérité de Charlemagne apparaissent a leur tour.

1 Chron. d'Ado7i, dans D. Bouquet, V, 318. Éginhard, éd. Teulet, I, 148. = 2 D. Bouquet, V, 52 , 78 , 349. Le partage du royaume, mentionné par la seule chronique de Moissac, est révoqué en doute par l'éditeur. = ^ Alcuini op., éd. Migne, col. 377. = ^ Annal. Hcrtin., Ki2; Ernoldi Nigeldi carm. (D. Bouquel, VI, /i4.)= s En 8'.1 , s'.:!, si'., S'i5, 8'i8, 851, 862. D. Bouquet, VII, 481 , et Vlll, 438, 572. Mabille, Bibl. de l'École des chartes, an. 1869, p. 172. = e Mabille, ibid., p. 181.

Le roi Eudes, en revenant d'Aquitaine, s'arrête à Saint- Martin pour semer des libéralités. Son frère Robert, duc de France , dans une tournée politique à travers les provinces de Neustrie, passe par la Touraine avec Charles le Simple, qui, à cette occasion, institue dans la basilique des prières quotidiennes pour son salut. Une autre fois, le jour de Pâques, Robert restitue à la même église un domaine qui lui avait été enlevé, et, en signe d'abandon, dépose son gant sur la pierre recouvrant le corps du saint'. Le roi Raoul, victorieux des Normands, va, en 931, présenter ses actions de grâces au protecteur de la France. Lolhaire implore au contraire son secours, avec la reine Emma, avant d'aller combattre l'empereur Othon 11, en 972 ^

Dans les rangs de la haute noblesse, l'empressement n'est pas moins grand. Il faut citer au moins le bienheureux Géraud, comte d'Aurillac, entraîné par son insatiable dévotion de sanctuaire en sanctuaire à Saint- Pierre de Rome, à Saint- Martial do Limoges, et surtout à Saint -Martin de Tours ^; Foulques d'Anjou, ce type de fier baron, avide de rapine et pieux à ses heures , qui entendait faire pénilenrc connue d'autres accomplissaient leurs pèlerinages, par procuration. Aux approches de la mort, il s'était fait conduire au tombeau du grand thaumaturge, promettant une masse de présents s'il recouvrait la santé; mais la santé ne lui fut rendue que lorsqu'il eut consenti, sur le conseil d'Odon de Cluny, à restituer à la basilique deux vases d'or qu'il en avait emportés autrefois. Et comme le moine l'engageait encore à quitter le monde pour expier ses péchés dans le cloître : « Oh! pour cela, dit-il, c'est impossible actuellement. Mais j'ai là un mien chevalier aussi brave que sage, nommé Adhégrin, qui me remplacera bien volontiers. » Et Adhégrin, vendant tout ce qu'il

1 Peilz, il/on. Germ., III, 573. M:ibille, Pancarie noire, p. 94. = 2 D. Bouquet, VIK, 187. Uupuy, HiU. de S. Mart., \<. 'i22. = 3 Acta SS. ocl., VI, 321.

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