‹ Saint MartinChapitre 169 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

possédait pour les pauvres, endossa Thabit religieux! Odon lui-même était un des serviteurs les plus fervents du glorieux confesseur. Il avait passé une grande partie de sa jeunesse auprès de sa sépulture, recevant les petits et les grands, s'entretenant avec eux, leur donnant des conseils appropriés à leur situation. Au moment de mourir à son tour, dans son monastère de Cluny, il n éprouvait qu'un regret, celui de ne pouvoir, une fois encore, aller revoir son cher Saint-Martin. Ayant obtenu, pour satisfaire son désir, un retour de forces inespéré, il se fît porter à Tours et eut la joie de célébrer la fête du saint avec toute la population, dont sa venue redoublait l'enthousiasme : il mourut quatre jours après ^ L'affluence des évèques de France et du dehors ne discontinuait pas non plus. Un des pèlerinages qui firent le plus de sensation fut celui d'Héraclius, évêque de Liège. Ce pontife se trouva subitement délivré d'un cancer, incurable, et, en reconnaissance de ce bienfait, fonda, l'an 963, dans sa ville épiscopale une église collégiale dédiée à saint Martin; il revint ensuite chaque année remercier celui dont les prières avaient suppléé d'une manière si efficace à l'impuissance des médecins -. Enfin le peuple remplissait encore, dans toute cette période, la célèbre basilique; car c'est alors que nous voyons apparaître dans les chartes des hospilia, ou des établissements religieux destinés à recevoir la foule des pèlerins que la cité ne pouvait suffire à loger. Plusieurs des églises situées autrefois autour de Saint -Martin n'avaient pas d'autre origine. Saiat- Clément était Vhospitium des pèlerins pauvres; Saint-André ou Saint-Jacques était celui des nobles, qui, sans doute, étaient mieux traités que les autres, mais payaient pour

1 Vie de S. Odon, DM. Clun., col. 23, 55. = 2 La charle de Ibndalion de Saint-Martin de Liège est fausse, c'est-à-dire l'aile après coup; mais les faits qu'elle relate n'en sont pas moins réels , suivant l'usage. V. DM. de l'École des chartes:, an. 1869, p. 166. Cf. Pertz, VII, 202; Mém. de la Commission royale d'histoire de Dclgique, VII, 272, et IX, 21.

tous. Ces précieux refuges existaient peut-être dès les temps mérovingiens, car un diplôme de Charles le Chauve ordonnait, en 862, que l'hospice des pauvres fût régi « suivant son antique constitution' ». Toutefois Grégoire de Tours n'en mentionne aucun, et l'on n'en découvre la trace positive qu'à partir du commencement du ix'' siècle -. 11 y eut aussi dans quelques stations importantes, à Paris par exemple, des asiles créés spécialement pour les pèlerins de Saint-Martin, qui retrouvaient ainsi sur la route le souvenir et la protection du bienheureux auquel ils portaient leurs hommages^.

On comprend que la cité tourangelle devait gagner à ces fondations , à ce concours jierpctuel une animation et une prospérité peu ordinaires. « 0 ville! s'écriait l'illustre Alcuin, ton enceinte est resserrée, tu n'as rien de brillant par toi-même; mais ton grand saint te donne la gloire et la splendeur. N'est-ce pas pour aller implorer ses suffrages que le long cortège des chrétiens défile dans tes murs^? » Certes, les choses ont bien changé depuis. Les étrangers sont maintenant attirés à Tours et aux environs par les agréments de ce fortuné pays, tandis que la vieille basilique se voit à son tour réduite à des proportions mesquines et que ses ruines éparses languissent dans l'abandon. Mais, si la vieille capitale des Turones est depuis longtemps florissante, ne le doit-elle pas précisément à ce fameux sanctuaire, qui a commencé sa réputation et sa richesse? Et n'y aurait-il pas de sa part une double ingratitude à laisser périr les glorieux souvenirs qui l'ont fait vivre et prospérer? « Les Tourangeaux, écrivait déjà Odon de Cluny, ne doivent jamais oublier les faveurs que Dieu leur a prodiguées. Il leur a donné pour patron, non le premier saint venu, mais ce Martin dont il a été dit que

' D.Rouquet, VIII, 572. = 2 V.Mabillo, DM. de l'École des chartes, an 186'i, p. 330, 332, 337, et Pancarte noire, n» 1. = 3 V. Lebeuf, Hist. de Paris, I, 487. = 1 Alcuin, éd. Migne, II, 711.

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