‹ Saint MartinChapitre 171 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

à la Saint-lMartin de mai, c'esl-à-dire à la fête de la Subvention de l'année 11G3'. A ces augustes pèlerins se joignait, comme précédemment, l'élite du clergé du royaume et de l'étranger. Adalbert, évêque de Prague, chassé de son diocèse par la cruauté des habitants , se rendit à pied de Mayence à Tours « pour supplier, dit son biographe, celui qui ne refuse jamais son appui aux affligés, le bâton des pauvres, la très douce mère des pécheurs, ce bon Martin, qui a la main toujours ouverte pour donner^ ». De là il s'en alla au monastère de Fleury, puis au tombeau de saint Denis, puis au martyre, qui l'attendait en Prusse. Bernward, évêque d'Hildesheim , apportait au glorieux confesseur les vœux et les présents de ses confrères , et demeurait huit jours prosterné à ses pieds ^. Guibert, moine de Gemblours en Brabant, faisait mieux encore : il consacrait une année à visiter, à étudier les lieux consacrés par le souvenir de l'évêque de Tours, sa basilique, son abbaye de Marmoutier, Ligugé, Notre-Dame de Rivière, Candes, et se séparait ensuite, les larmes aux yeux, des bons frères qui l'avaient adopté comme un des leurs, pour aller épancher dans de pieux écrits ses impressions de voyage et son enthousiasme. L'illustre abbé Suger, se sentant près de mourir, venait dire adieu au patron du royaume qu'il avait si bien gouverné, et déposer sur sa tombe un vêtement de soie, suprême offrande du puissant ministre dont les clercs de Saint- Martin s'étaient faits les clients''.

Mais les princes eux-mêmes ne continuaient -ils pas à suivre la trace de leurs aînés? 11 est certain que Hugues Capet, dès le début de son règne, se montrait à Tours, afin d'affirmer par sa présence qu'il n'entendait pas rompre avec la tradition religieuse des dynasties précédentes ^ Boniface, marquis de Montferrat, un des plus zélés admi-

1 Œuvres de Suger, éd. delà Soc. de l'Hist. de France, p. 32, 431. D. Bouquet, Xll, 19, 476, etc. = 2 Acta SS. apr., III, 185, 194. ^ 3 pertz, IV, 776. =. < Suger, éd. cit., p. 286, 401. » D. Bou(iuet, X, 238.

ra leurs du saint, s'y rendait tous les ans au moment de sa fête. Cependant il n'était pas riche : il n'avait pas même de quoi payer ses dettes, et, s'il faut en croire la légende, il se fût trouvé bien embarrassé , dans un de ses pèlerinages, si Martin, touché de son zèle, ne lui avait envoyé pendant son sommeil deux coffrets pleins d'or, dont le contenu lui permit de se libérer; aussi, quelles belles églises il lui dédia lorsqu'il fut de retour dans son pays' ! Hugues, marquis de Lombardie, venait rendre à la basilique les biens que lui avait enlevés son père^ Pons de Lazare, un grand seigneur coupable des plus violents excès, faisait pénitence devant le tombeau, et ne se croyait quitte qu'en visitant, de plus, les sanctuaires de Saint-Guillaume, de Saint- Jacques, du Mont-Saint-Michel, de Saint-Martial, de Saint- Léonard de Noaillé, enfin en entrant à Cîteaux pour n'en plus sortir ^ Les chefs des croisés, Richard Cœur-de-Lion, Philippe-Auguste, prenaient à Tours le bâton de pèlerin avant de partir pour la Terre- Sainte. Jean de Brienne, roi de Jérusalem, faisait de même en se rendant à Compostelle, et rapportait ensuite son bâton à Saint-Martin*. Louis VIII, après son couronnement à Reims, allait demander un nouveau sacre au protecteur de sa monarchie ^ Puis le meilleur de nos souverains, le seul peut-être dont la figure ne fasse que grandir à mesure que la critique moderne projette sur elle sa lumière, saint Louis, en un mot, lui rendait visite à son tour: une première fois avec sa mère et sa noblesse en armes, au moment oii il s'avançait contre le comte de la Marche; une seconde fois en 1261; une troisième en 1270, avant de s'en aller mourir à Tunis". Ces pèlerinages du pieux roi n'ont pas été signalés

* Herberne, dansBaluze, MiscelL, II, 302. = 2 Mss. de D. Housseau, no927. = 3 D. Bouquet, XIV, 'i2i. = ■* Salnion, Chroniques, p. lîjO. Grandmaisoii, Bullmonum., XL, 43.= D.Bouquel, XVIII , 304. Louis VIII revint encore à Tours en 1224 et 1225. (Ibid., 243, 308.) = e Salmon , Chron., p. 159. Tillemont, Vie de S. Louis, ], 454; IV, 236; V, 112.

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