‹ Saint MartinChapitre 175 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

plusieurs fois; après une amélioration partielle, il leur fallait recommencer les mêmes instances, les mêmes témoignages de foi pour obtenir la santé complète. Et ceux-là aussi parvenaient à leurs fins. En signe de reconnaissance, ils suspendaient leurs béquilles aux poutres de l'édifice, déposaient sur l'autel des étoffes de prix, des cierges ou d'autres offrandes. Mieux encore : ils consacraient au saint leur personne, coupaient leur chevelure, se faisaient tonsurer, ordonner clercs, soit pour aller exercer le sacerdoce dans leur pays, soit pour rester attachés au service particulier de leur sauveur, comme ce Gondulfe, compagnon du fils de Clotaire, qui, avec l'autorisation de ce prince, abandonna de plus tous ses biens à l'église Saint- Martin '.

Toutes ces scènes, qui jetaient une animation extraordinaire dans le temple et ses alentours, continuèrent à se passer au grand jour durant les siècles suivants. Vers 995, une contagion mystérieuse s'était répandue dans la plus grande partie de l'Occident : un feu dévorant saisissait les hommes, consumait leurs membres et finissait par les détacher du corps; la plupart des victimes succombaient dans l'espace d'une nuit. Le peuple de France se porta en masse au tombeau de saint Martin, tandis que les Allemands recouraient, de leur côté, à saint Odolric de Bavière, et les Bourguignons à saint Mayeul : contre la ligue des trois confesseurs le fiéau ne put tenir La guérison d'IIéraclius ou Hildric, évêque de Liège, dont j'ai parlé plus haut, fit un bruit considérable : le public fut admis à constater que son affreux mal était remplacé par des chairs nouvelles; alors ce furent des transports d'allégresse, des réjouissances universelles et spontanées. Chaque fois qu'un grand miracle se produisait, les fidèles se mettaient en fête, et des

1 Virt. s. Mari., passim. Baluze, MiscelL, II, 303. = 2 Raoul Glaber, clans D. Bouquet, X, 20.

cris de reconnaissance montaient vers le ciel; le nom de Martin était acclamé par la population tout entière. Mais le plus célèbre de tous ses bienfaits, celui dont le souvenir a été perpétué par une solennité religieuse observée jusqu'aux temps modernes, c'est la subvention, ou le secours que son précieux corps apporta, en 003, aux Tourangeaux assiégés par les Normands. L'ennemi était sur le point d'entrer dans la ville; plusieurs sorties avaient échoué; les remparts commençaient à être entamés. A cette vue, le clergé, les femmes, les enfants, tous ceux qui ne combattent pas, entourent les restes du bienheureux en stimulant sa pitié par des objurgations pressantes : « Saint de Dieu, pourquoi dormir? pourquoi nous abandonner à la merci des païens?... Toi qui as fait tant de miracles pour les étrangers, fais-en donc un pour les tiens. Délivre-nous; autrement nous allons périr, et ta propre ville sera changée en désert. » Puis, obéissant à une inspiration subite, ils emportent la châsse devant une des portes , qui allait être enfoncée par l'assiégeant, opposant ainsi aux nouveaux barbares le corps même du vainqueur de l'antique barbarie païenne. Frappés de stupeur, les Normands sont pris d'une panique subite; ils fuient en désordre. Les Tourangeaux les poursuivent en dehors de la ville avec leur redoutable palladium, les taillent en pièces, et ramènent la sainte relique en triomphe. Depuis lors, l'Église de Tours célébra fidèlement, le 12 mai, la fête de la Subvention de saint Martin'. Transporté en Bourgogne au moment d'une nouvelle invasion de ces mômes barbares, comme nous le verrons tout à l'heure, le corps du thaumaturge sema sur son passage les guérisons et les bénédictions qu'il répandait ordinairement dans son temple : les miracles se déplaçaient avec la cause qui les

1 Ces fiiils, racontés par Ratbodo, ('v ri|uc d l 'livi lii , cl par l'auteur du traité de la Réversion de S. Martin, ont é\r -.ulmi^ ^uiv M;iliille, bien qu'il ait démontré la fausseté de la date de 843, qu'on leur .issIlj nnil d;i|irès ces écrivains. (V. Dibl. de l'École des chartes, an. 18C9, p. I W et suiv )

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