‹ Saint MartinChapitre 176 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

produisait. Dans l'église d'Auxerrc, où il fut momentancnient déposé, on les vit éclater presque journellement. Les gens du pays en rapportaient l'honneur à leur évêque saint Germain, enseveli dans la même basilique. Mais les clercs de Touraine qui accompagnaient leur précieux trésor placèrent, pour les convaincre, un lépreux entre Germain cL Martin : le lendemain, la partie de son corps qui se trouvait du cùté de ce dernier apparut complètement saine. Pour rendre l'épreuve plus complète, on retourna ensuite l'autre partie du même coté, et, après une seconde nuit passée en prière, elle fut également purifiée. Le pieux narrateur attribue ce double résultat à la courtoisie do l'évêque d'Auxerrc, qui, étant chez lui, avait dû laisser à son hôte tous les honneurs'. De même saint Ililairc renvoyait par déférence à son ancien disciple, comme étant plus puissant que lui, les sourds-muets qui allaient l'implorer à Poitiers Au retour de Bourgogne, tout le trajet fut marqué par des prodiges analogues. C'est alors que se serait passée la plaisante scène, plus d'une fois racontée, des deux mendiants paralytiques guéris malgré eux. « Nous vivons bien, se disaient-ils, nous n'avons d'autre peine que celle de tendre la main; et voici que ce Martin, dont on parle tant, et qui ne laisse pas un infirme sur son passage, va traverser notre pays. Fuyons, car nous serions forcés de gagner notre vie plus laborieusement. » Mais leurs béquilles ne les servirent pas assez bien. La puissance du saint les atteignit : comme ils le redoutaient, ils furent par lui rendus à la santé... et au travail^ Cette légende, au moins, n'était pas faite pour encourager la paresse.

La ville de Tours revit alors les merveilles d'autrefois.

1 De Reversione bcali Marlini, Dibl. Clun., p. 113. Bien que ce traité contienne des erreurs de temps et de lieu sur la translation de S. Martin, ce n'est pas une raison suffisante pour rejeter tous les détails qu'il renferme. = ^ jicAa SS. jan., I, 797. = 3 De Reversione, ibid. Jacciues de Vilry, au xni= siècle, a reproduit l'anecdote dans un de ses sermons. (Bihl. nat., ms. lat. 17506, f" 88.)

Cependant la diminution légère que nous avons remarquée dans raffluence des pèlerins à l'époque des premiers Capétiens fit sentir son contre-coup sur le nombre des miracles. Le jour où la nouvelle basilique élevée par le trésorier Hervé, au début du xi" siècle, devait être consacrée, le peuple et le clergé attendaient, paraît-il, un miracle, et s'étonnaient qu'une pareille solennité, coïncidant avec l'anniversaire de l'ordination épiscopale du bienheureux, se passât sans cet accompagnement obligé. Hervé lui-même pria humblement saint Martin de lui indiquer par un signe s'il était content do lui. L'apôtre lui apparut en songe, et lui apprit qu'il avait, la veille, sauvé à grand'peine du purgatoire les âmes de trois clercs do son église, coupables d'avoir porté les armes et versé le sang à la guerre. « Les miracles accomplis dans le passé, ajouta-t-il, doivent suffire à ce temps; avant semer de nouveau, il faut récolter la moisson qu'ils doivent produire. La guérison des âmes est la seule que l'on doive demander pour tous, et je ne cesse pas un instant d'implorer pour cet objet la divine miséricorde. » Tel est, du moins, le récit que le trésorier fit à ses frères, et qui nous a été répété à la fois par Raoul Glaber dans sa chronique et par un archidiacre de Tours, nommé Hugues, dans un dialogue adressé à Fulbert de Chartres, qui s'était plaint de ne plus voir la puissance surnaturelle de saint Martin éclater aussi souvent que jadis Malgré cet incident, dont il ne faudrait pas exagérer la portée, les miracles continuèrent encore longtemps à se produire dans le sanctuaire de Tours {je ne parle pas ici de ceux que le saint opérait au dehors) : Guibert de Gemblours et d'autres écrivains nous en fournissent la preuve. Mais, à partir du xHi" siècle environ, l'on cessa de les enregistrer; on se contenta de faire entrer dans les Marlinades la relation des plus

1 D. Bouquet, X, 29. Mabillon, Anal., p. 213 et suiv. Ms. 8940 de la blbl. do Bruxelles. Les plaintes de Fulbert s'adressaient, du reste, à S. Denis et à S. llilaire aussi bien (|u'à S. Martin.

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