‹ Saint MartinChapitre 186 sur 317 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

attendit, dans la prière et le jeûne, l'anniversaire de la consécration épiscopale du saint, qui tombait trois jours après; et, ce moment arrivé, on essaya de nouveau de retirer le cercueil. Il ne remuait pas davantage, lorsqu'un vieillard aux cheveux blancs comme la neige, inconnu à tous, s'annonçant comme étant un abbé, se présenta aux travailleurs et leur dit : « Pourquoi vous troubler? N'apercevez-vous pas le seigneur Martin prêt à vous aider? » Et, rejetant le manteau qui le couvrait, il mit la main au sarcophage en même temps que les autres clercs. Aussitôt celui-ci se déplaça avec la plus grande facilité; au chant des psaumes à la lueur des cierges, on l'exhuma et on le conduisit au tombeau préparé pour le recevoir. Mais, après la célébration de la messe, au moment de procéder au repas funèbre, cette antique cérémonie fidèlement conservée par la tradition du moyen âge, on chercha en vain le vieillard mystérieux : il avait disparu, et nul ne le revit jamais^

Avant d'enfermer la sainte dépouille dans le monument qu'il lui avait destiné, Perpétue « l'arrangea à son gré'^ », c'est-à-dire qu'il prit pour sa conservation des mesures efficaces. En quoi consistèrent ces dispositions nouvelles? Nous pouvons le comprendre en combinant les indications fournies, au ix" siècle, ou tout au moins au xi'', par l'auteur des Miracles de saint Martin, recueil attribué faussement à l'archevêque Ilerberne, avec celles qui sont consignées dans le procès-verbal de l'ouverture du tombeau faite en 1323 par' ordre de Charles le Bel ; car le corps ne fut pas retiré de ses premières enveloppes avant cette époque. 11 fut d'abord entouré de bandelettes à l'instar d'une momie, suivant le' mode d'ensevelissement oriental conservé par les chrétiens jusqu'aux tenq^s barbares ; ce qui a fait dire au rédacteur du procès-verbal qu'il était emmailloté comme un petit enfant''.

' Virt. S. Mart., I , (3. = 2 Quo ad volunlalem sacerdotis composilo. [Ibid.] = El non récluil à la grandeur du corps d'un enfant, suivant la singulière traduction de Gervaise et d'autres {ad instar infantuli involuiurn et ligalum).

Il paraît même que ces bandelettes furent scellées du sceau de l'évêque de Tours. On l'enveloppa ensuite dans un suaire ou dans un morceau d'étoffe couleur de pourpre, et on le plaça ainsi dans une sorte de corbeille en osier, qui à son tour fut enfermée dans un cercueil d'' eledrum {aWiago d"or et d'argent) ayant deux doigts d'épaisseur. Ce cercueil, appelé absida (châsse) parce qu'il offrait l'image d'un coffre à cinq pans, portait à l'extérieur une inscription en vers, annonçant qu'il était dû aux soins et à l'initiative de Perpétue. Il était clos hermétiquement, sans aucune porte ni ouverture, de façon à préserver le contenu des atteintes d'une piété indiscrète. Enfin ce second récipient fut mis dans un troisième, de forme semblable, mais en laiton, d'un palme d'épaisseur. Celui-là avait une porte, fermant au moyen de verrous ou de barres de fer et de quatre serrures '. Les reliques du saint pontife étaient donc richement revêtues et solidement protégées.

Maintenant, qu'était le monument dans l'intérieur duquel la triple châsse ou le triple cercueil fut déposé par Perpétue? En d'autres termes, quelle était la forme du tombeau? L'auteur du recueil de miracles que je viens de citer nous l'indique clairement, ce me semble : « Perpétue fit encore un autel carré, concave, formé de tables de pierre, et recouvert d'une grande table cimentée avec les autres ^ » Il m'est pénible de me trouver ici en désaccord avec un de mes plus savants maîtres, qui est arrivé, par un tour de force de critique, à restituer fidèlement, au moyen de textes vagues et obscurs, l'ancienne basilique de Saint- Martin , mais qui, \)onv ce qui regarde particulièrement le tombeau, me paraît avoir été un peu moins heureux. Cependant il m'est impossible d'entendre la phrase qu'on vient de lire autrement que dans son sens littéral. L'écrivain ne compare pas

1 Baluze, MiscelL, II, 300 et suiv. Ruinart, éd. de Grégoire, col. 1390. = 2 Fecit eliam altare quadratum et concavum (al. coronam) ex lapidibux (ahulalis, quod magna tabula cooperuit et cum aliis cœmentavit. (Baluze, ibid.)

Page 1