CHAPITRE VI
ici le tombeau à un autel, comme le pense M. Quicherat; il dit bel et bien que l'évêque de Tours, pour renfermer les restes de son prédécesseur, fabriqua un aulel. Ce monument n'était donc pas «une cellule étroite, de la forme d'un carré long, percée d'une porte », et dans l'intérieur de laquelle on pouvait pénétrer; il ne pouvait avoir « cinq pieds de large sur dix de long et autant de haut w , c'est-à-dire les proportions et l'apparence d'une petite chapelle ^ L'éminent archéologue a eu sans doute, pour imaginer ce type, des raisons séduisantes ; mais il n'appuie sa conjecture sur aucun texte ^ Le témoignage du pseudo - ITerberne est, au contraire, confirmé par plusieurs autres. M. Quicherat reconnaît, un peu plus loin, que l'autel aurait dû, d'après les règles suivies dans l'antiquité chrétienne, se rattacher au monument sépulcral^ En effet, l'usage était d'ériger des autels sur le corps même des martyrs ou des confesseurs ensevelis dans les églises : on en éleva sur la dépouille mortelle de saint Ambroise, de saint Mayeul, de saint Clair, disciple de saint Martin ^ Les basiliques primitives étaient toutes bâties sur le tombeau d'un saint, et le saint reposait sous l'autel % ou, pour parler plus justement, dans l'autel, qui était lui-même le sépulcre, qui en avait la forme et souvent jusqu'au nom^. Ces tombes-autels, dont le type se rencontre déjà dans les catacombes, se composaient d'une maçonnerie creuse, revêtue de tables de marbre horizontales et verticales : exactement la disposition que nous venons de voir donnée à la sépulture de saint Martin. On les appelait aussi des arches' : or, ce nom est
1 Restitution de la basilique de S. Martin, Paris, 1869, in-8°, p. 2i, 26. = 2 M. Quicherat parle de cierges qui, selon Grégoire, auraient brûlé dans le tombeau; mais ce point n'est pas précisé par le chroniqueur : ils brûlaient plutôt tout autour. = 3 ibid., p. 27. = •* Martène, Ant. eccl. rit., I, 307. = ^ C'est l'opinion professée par M. Quicherat lui-même dans son cours d'archéologie à l'École des chartes et dans la Revue archéologique, an. 1854, p. 669. = 6 V. Martigny, Dict. des anliq. chrét., p. 57-60. Lenoir, Architecture monastique, I, 197, 199. Ad. Tardif, Cours de droit canon. = ^ Martigny, ibid.
donné plus d'une fois, dans les textes, à cette même sépulture, qui intérieurement devait reproduire, en effet, la configuration d'une arche ou d'un petit caveau voûtée Giterai-je des exemples de ces monuments à double fin? L'église Saint -Quenin, à Vaison, dont l'abside remonte au viii" siècle, a son autel central en forme de tombeau, fermé par un couvercle ou par une table que décorent le monogramme du Christ et d'autres figures-. A Soissons, le tombeau de saint Médard, où les captifs allaient faire briser leurs chaînes, était l'autel de sa basilique ^ A Tours même, l'autel de l'oratoire de Saint-Étienne, agrandi par Grégoire, avait, comme tant d'autres, une cavité destinée à recevoir des reliques : si ce n'est plus là le sépulcre véritable, c'en est du moins la réminiscence et la réduction ^ Mais nous n'avons, d'ailleurs, nul besoin de nous appuyer sur des analogies : nous avons sur notre monument des témoignages spéciaux. Grégoire, qui l'appelle d'ordinaire sepulcrum , tumulus , se sert aussi quelquefois des mots allare, sanclum ou bealum altare, pour désigner le lieu oh les malades obtenaient leur guérison : ces dénominations ne semblent pas pouvoir se rapporter à deux objets différents ^ Il raconte ailleurs, et à deux reprises, que des infirmes étaient soulagés « par l'eau qui avait servi à laver la tombe du saint avant la Pâque*^ ». Or on sait que chaque année, soit le jour de la Cène, soit le samedi saint, il était de règle dans toutes les églises de laver les autels; cet usage constant est attesté par divers rituels, tandis que pas un ne parle du lavement des tombeaux dans les jours qui précèdent la fête de Pâques \ Que signifieraient des
1 Revue archéol., 1851 , p. 317. = 2 ibid. Cf. le ms. 1281 de la bibl. de Tours, r» 13. = 3 Sanctum altare. (Grég., Glor. Conf., 95.) = i Grég., Glor. Mart., 34. On sait que la place où reposent les reliques dans les autels consacrés a gardé le nom de sépulcre. — ^ V. notamment Virl. S. Mart., 1 , 7 ; II , 13 , 14 , 47. = G Ibid., II, 51; III, 34. = ' V. Martène, Ant. ecd. rit., III, 279, 358. Menardi, Not. in sacrum. Greg., p. 88.