CHAPITRE VI
expressions pareilles si la tombe de saint Martin n'eût été un autel? Gomment, d'un autre côté, s'expliqueraient les passages où le même auteur rapporte qu'un père, pour obtenir la guérison de son enfant, le déposa « sur le bienheureux sépulcre » , que les fidèles plaçaient dessus des linges, des vases remplis de vin ou d'huile, etcJ, si ce monument eût été un édicule de dix pieds de haut? Un seul mot de Grégoire paraît, à première vue, contredire ces indications précises : il parle quelque part de possédés couchés entre le tombeau et Valtarium Le tombeau et Vallarium auraient donc été distincts, séparés même? Oui; mais pourquoi vouloir que ce mot désigne ici l'autel? Il n'a jamais été employé que par abus comme synonyme ô-'allare; il signifie, à proprement parler, la région de l'autel , le sanctuaire, et Grégoire lui donne plus d'une fois cette acception. On peut donc entendre que les possédés étaient placés entre le tombeau, situé vers le fond de l'abside, et le sanctuaire, qui devait être devant, ou bien, à l'extrême rigueur, entre le tombeau et un autre autel. Dans tous les cas, ce texte unique ne serait pas de force à renverser tous les témoignages contraires fournis par le môme auteur. Ceux-ci se trouvent, d'ailleurs, corroborés par d'autres plus formels encore. Sans parler d'Odon de Cluny, qui emploie comme Grégoire l'expression de sanctum altare, le pseudo-Herberne ne dit- il pas que le corps, à son retour de Bourgogne, fut remis « dans l'enceinte de l'autel ^ »? Et Jean de Marmouticr n'écrit-il pas en toutes lettres, vers 1208, qu'il reposait encore, de son temps, « dans une châsse d'electrum contenue dans une autre châsse de métal, placée elle-même dans l'intérieur d'un autel de pierre recouvert d'une dalle
1 Super bealum sepulcrum. [Virt. S. Mari., II, 43, et passim.) — 2 ]hid., I, 38. = 3 V. surtout Uisl., II, 14. = Infra ambitum altaris, in altéra absida , componere , ipsuinque ostium cum absida sigillaveruni. (Baluze, Misci'U., II, 306.) Les deinicrs mots me semblent ne pas laisser de doute sur le sens des termes infi-a ambitum altaris.
LE CORPS DE SAINT M/VRTIN
enrichie d'or et de pierreries'? )) D'après cet ensemble de dépositions, il faut nécessairement admettre, comme le faisait déjà Gervaise, que l'on dut, dans les premiers temps au moins, célébrer les saints mystères sur la table de marbre qui recouvrait le corps de saint Martin. Telle est aussi la conviction réfléchie de M. Ratel, l'habile ingénieur qui a dirigé avec tant de succès les fouilles de la vieille basilique, et dont on trouvera ici même un dessin restituant, tel qu'il le conçoit, le tombeau du v*^ siècle.
Fig. 51. - Tombeau de saint Martin du v« au \i- si restitué d'après le texte de S. Grisoirc de Ton et les foudles faites depuis 1800.
Cette table, qui formait le côté supérieur du monument funèbre, était un magnifique morceau de marbre d'Autun, envoyé tout exprès à Perpétue par Euphrone, évêque de cette ville-. Elle paraît s'être conservée très longtemps et n'avoir été brisée que par les huguenots ; mais , plus tard encore, on en gardait religieusement un fragment assez considérable, encastré, à titre de pierre sacrée, dans le
1 In allaris lapidei secrelioribus silam. (Salmon, Chron.deToiiraine, p. 29d.) = 2 Grég., Hisl., Il, 1S.