‹ Saint MartinChapitre 189 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

maître-autel de la basilique moderne. L'abbé Dufrementel constata l'existence de ce fragment lorsqu'il fit la reconnaissance des reliques de l'église, en 1789, et n'éleva aucun doute sur son identité; sa présence à cette place paraissait toute naturelle, tellement la tradition avait perpétué l'idée que le marbre d'Euphrone était primitivement une table d'autel. Le rapport rédigé à la même date parle aussi d'un autre débris de ce couvercle antique qui aurait été remis sur le tombeau de saint Martin et y serait demeuré jusqu'alors'. Or, en 1860, les fouilles ont fait découvrir deux morceaux de marbre, l'un de vingt et un centimètres sur dix-sept, retaillé en forme de pierre sacrée, l'autre de cinquante centimètres sur dix-huit, également retaillé pour une destination nouvelle. Confrontés avec des échantillons tirés de la carrière de Champ-Robert, non loin d'Autun, qui fut exploitée jadis par les Romains, ils ont été reconnus de la même espèce et du même grain par un sculpteur et un marbrier de Tours. Sur le plus grand des deux se trouvent taillés en creux une croix bordée de perles et gemmée, à peu près semblable à celle qui était peinte dans le baptistère de la catacombc de Sainl-Pontien , à Rome; plus les restes d'un chandelier' lumineux, reposant, comme dans cette peinture, sur le bias de la croix; enfin ceux de l'alpha et de l'oméga figurant aussi sur le même tableau et sur beaucoup de pierres sépulcrales, notamment sur la table d'autel de Tantique église de Saint-Quenin, qui était également, comme on vient de le voir, le couvercle d'un tombeau. Ces coïncidences frappantes ont permis à M. l'abbé Chevalier, historiographe du diocèse de Tours, d'établir dans un ingénieux mémoire, demeuré inédit, que les fragments retrouvés provenaient du marbre d'Euphrone, et à la commission spéciale nommée par l'archevêque de proposer la restauration de toute la dalle funéraire dans le sens indiqué, res-

1 V. la Semaine religieuse de 7'our.s\ n» du 13 novembre 1873.

tauration qui a été soigneusement exécutée et qui est aujourd'hui exposée, avec une inscription explicative, auprès du tombeau nouvellement rétabli. MM. Edmond le Blant et de Rossi, juges si compétents en pareille matière, se sont rangés à l'avis de M. l'abbé Chevalier quant à l'âge et à l'origine des marbres ainsi restitués. Cependant la Société des antiquaires de France, et en particulier M. Quicherat, ont pensé, après les avoir examinés, qu'ils devaient remonter seulement au vn'= siècle, et provenir de plaques de revêtement appliquées sur un monument quelconque plutôt que de la grande table envoyée à Perpétue. Cette opinion dissidente repose principalement sur leur faible épaisseur, qui n'est que de huit centimètres : un morceau de marbre aussi mince n'aurait pas eu, dit-on, la solidité nécessaire pour recouvrir le tombeau. Une telle raison est fort juste dans l'hypothèse de M. Quicherat, qui part toujours du principe que le tombeau était une cellule ou une chapelle; mais elle ne l'est plus si l'on admet, comme je l'ai fait, qu'il était un autel, car alors l'espace à recouvrir est bien moins étendu, et un couvercle de cette épaisseur devient très suffisant. On peut donc sans trop de témérité adopter le sentiment des autres archéologues, tout en faisant les réserves nécessaires au sujet de l'exactitude de la restitution opérée de nos jours'.

Le marbre du tombeau était protégé, au temps de Grégoire, par des pièces d'étoffe d'une grande valeur garnies de franges et d'autres ornements, comme on en étendait sur la plupart des -sépultures des saints. On les appelait joa/^j'a ou pallœ, nom commun aux nappes d'autel; ce qui confirme encore la forme que j'ai cru devoir donner au monument -.

1 V. sur cette question la Revue archéologique de février 1876, p. 111; le Journal officiel du 16 novembre 1873; la Semaine religieuse de Tours du 3 novembre 1877, et le rapport inédit de M. l'abbé Chevalier, qui a bien voulu m'en donner communication. = 2 Grég., Viri. S. Mari., 11, 54; IV, 43; etc. Cl'. Fr. Michel, Recherches sur les étoffes, 1, 137, et Martigny, op. cil , p. 61.

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