‹ Saint MartinChapitre 190 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mais, au vii^ siècle, un revêtement beaucoup plus riche fut exécuté, aux frais de Dagobert, par le célèbre artiste qui devint plus tard saint Eloi. Ce roi des orfèvres mérovingiens se rendit à Tours et « recouvrit le sépulcre d'un ouvrage merveilleux, tout en or et en pierres précieuses* ». Cette décoration était ce que Ton nommait, au moyen âge, une freda. Le pseudo-llerbei'ne se sert déjà de ce ternie dans sa description; mais il attribue cette freda, comme tout le reste, à l'évêque Perpétue-. La confusion est assez explicable, car l'œuvre d'Éloi ne consistait pas dans un nouveau couvercle superposé à l'ancien, mais bien plutôt, citnuuc le pensent M. l'abbé Chevalier et Quicherat, dans un travail d'orfèvrerie ajouté sur ce dernier et faisant corps avec lui. C'était, sans doute, un dessin d'ornement suivant et reproduisant la croix gemmée gravée sur la dalle d'Euphrone, genre de décoration conforme aux usages du temps ^ : les pierreries figurées sur le marbre étaient ainsi remplacées par des pierreries véritables. Il est possible qu'alors on ait cessé de célébrer la messe sur le tombeau

1 Via de S. Éloi, par S. Ouen, I, 32; II, 67. = 2 Baluze, loc. cil. =z 3 Cr. Grég. Mir. S. .iuliani, 20. Du Gange, au mot Freda. Gerbet, Esquisse de Rome chrétienne, I, 281. Chalmel imagine à tort (ms. cité, p. 150 et suiv.) (|ue S. Éloi fabritpia une châsse nouvelle et que le corps y lut transféré vers 640. Le texte original de S. Ouen est ainsi conçu : Beali Martini, Turonis civitale. Dagoberto rege impensas prsebente, miro opijxcio ex auro et gemmis contexit scp^dcrum; necnon et tumbam, sancli Brictionis, et aliam , ubi corpus beati Martini dudinn jacuerat , urbane composuil. Les mots contexit scpulcrurnindiquent bien la nature du travail. On pourrait aussi les entendre, à la rigueur, d'un ciborium abritant le tombeau ou d'une décoration appliquée sur le cercueil de laiton renfermée dans l'intérieur du monument (quoique ce cercueil ne fût pas fait pour être exposé aux yeux des fidèles et qu'il ait été rei/ardé plus tard comme indigne de sa destination), mais non de la fabrication iFlui nouveau sépulcre ou d'une nouvelle châsse. S. Éloi ornait d'orfèvrerie les luniljes di'jà existantes, comme le l'ait voir le dernier membre de la phrase. Les mots cum tumbam fabricaret, dont le biographe se sert un peu plus loin en rappelant une circonstance du séjour de son personnage à Tours, ne sauraient désigner un ouvrage différent. On comprend très bien que l'on dise d'un orfèvre : 11 a fait tel monument, pour dire qu'il l'a décoré; nos artistes emploient tous les jours un langage semblable.

et qu'on se soit servi d'un autre autel, car à cette époque les églises commençaient à en posséder plusieurs : cette magnifique parure semble l'avoir exigé; mais, en tout cas, la forme du monument ne se trouva pas modifiée pour cela. L'ouvrage de saint Éloi se conserva, lui aussi, fort longtemps. Il y est fait allusion par des écrivains des xi°, xn" et xHi" siècles ^ Peut-être même est-ce de lui qu'il s'agit dans une curieuse note tirée par Baluze d'un ancien missel, portant qu'en l'année 1211 les chanoines firent réparer et rétablir dans sa splendeur primitive le frontal de la châsse (ou du sépulcre) de saint Martin, remettre l'or et les pierreries que la vétusté ou des mains sacrilèges en avaient enlevés, et fixer solidement ledit frontal à la châsse-. IMalgré les changements survenus vers cette époque dans l'apparence du tombeau, la freda pouvait avoir été gard('e précieusement jusque-là sous une dénomination diflcrente ; mais, si les marbres trouvés à Tours, et dernièrement restaurés, proviennent réellement du couvercle qu'elle décorait , il faut avouer qu'elle a dû disparaître depuis très longtemps, car ces fragments n'en portent plus aucune trace.

Le tombeau était environné d'une balustrade en bois et protégé par un rideau qui formaient autour de lui comme une enceinte réservée; c'est ce qui explique en partie comment on a pu croire à l'existence d'une cellule close par des murs. Une sorte de couronne, suspendue au-dessus, rattachée sans doute à un ciborium, portait une inscription énonçant les mérites du bienheureux. D'autres inscriptions étaient disposées dans l'entourage. Peut-être même deux d'entre elles étaient- elles gravées autour du monument même, sur ses faces verticales ^ et une troisième autour de son cou-

' Mmi Ioih-, ///s/, di' iMnrmniiiirr, 1, 109. Chroniques de Touraine , p. 299, etc.

= - iiil'l. il'' Tniii -, luiiil, ^.ilii |]|, :v = 3 Circa lumulum ab uno lalere,

ilern in iil'm, ili-i'iit Ifs .•iiu lciis iccueils où elles Sont transcrites. Cf. Quicherat,

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