CHAPITRE VI
de l'institution d'une fête spéciale, fixée au 12 mai, fête appelée d'abord Réversion comme la précédente, et prise ensuite à tort pour l'anniversaire de la fameuse Subvention accordée par le saint aux Tourangeaux assiégés; mais ce point particulier de la thèse de l'habile critique me paraît moins bien établi que le reste
Tous ces déplacements s'opérèrent sans que les derniers réceptacles du corps fussent dérangés ni cliangés. Le cercueil de laiton, celui qui était muni d'une porte et de quatre serrures, semble bien avoir été ouvert et laissé à Tours, ce qui était, du reste, le seul moyen de ne pas avoir un fardeau trop lourd à transporter. En effet, le pseudo-Herberne, en qui l'on peut avoir confiance pour tout ce qui touche à la description des objets qu'il avait sous les yeux, nous dit que la châsse ramenée de Bourgogne fut remise « dans l'enceinte de l'autel et dans Vautre châsse, et qu'on scella la porte de manière à supprimer toute issue'». Mais le vase d' electrum , qui était sans ouverture, et la corbeille d'osier qu'il renfermait furent emportés et rapportés tels qu'ils étaient : aucun document ne parle d'une rupture de ce vase, et on le retrouve encore intact en 1323. Il n'est pas douteux non plus que l'ensemble de la sépulture ait continué, jusqu'après les invasions, à offrir les dispositions ordonnées par Perpétue. Non seulement l'écrivain que je viens do citer, mais l'auteur du traité De Beversione affirment que le corps fut remis à son ancienne place, où on le vénérait toujours de leur temps, et que les choses furent rétablies dans l'état précédent ^ Nous avons entendu , d'ailleurs, des témoins plus récents nous parler encore de l'autel -tombeau , qui subsistait dans sa forme traditionnelle,
1 V. plus loin le chapilre consacré à la liturgie et aux fêtes de S. Martin. = 2 Baluze, MiscelL, II, 309 et suiv. = s bM. Clun., col. 12i. Cf. Gervaise, p. 31o. La place sanctifiée durant des siècles par la présence de la précieuse relique s'appelait le lit, et plus tard le repos de S. Martin; on se serait fait un scrupule de la changer.
soit qu'il ait échappé à la rapacité des Normands, qui n'y trouvaient plus rien quand ils arrivaient, soit qu'il ait été restauré après leur passage. A partir de ce moment, des jours plus tranquilles se levèrent pour le sanctuaire de Tours et pour le trésor qu'il abritait. La reconstruction de la basilique entière par le trésorier Hervé, dans les premières années du xi" siècle, n'amena pas de grands changements dans la sépulture du saint. Ses restes furent lransf(M'cs . durant les travaux, dans une petite église de bois élevée à l'intérieur du cloître, et y demeurèrent vingt ans'. Mais, au bout de ce temps, ils furent de nouveau réinstallés avec le plus grand respect à la place consacrée. Hervé paraît seulement avoir érigé au-dessus un ciborium rehaussé d'or, d'argent et de pierreries. La présence de ce dais somptueux se trouve, du moins, signalée dans une chronique du siècle suivante Au commencement du xui% l'autel de pierre est encore mentionné, avec la freda. Mais il subit alors dans son apparence extérieure une modification ti'ès notable, imposée par la force des choses. De nouvelles reconstructions, amenées par de nouveaux incendies, avaient fini par relever sensiblement le niveau du pavé de la basilique. Le sol de tout le quartier de Saint-Martin avait subi, du reste, un exhaussement graduel, à tel point qu'une chapelle dédiée à sainte Colombe, et située dans l'enclos du monastère, très basse déjà précédemment, s'était trouvée comme ensevelie et transformée en une espèce de crypte ^ La base d'un pilier du xui^ siècle, mis au jour dans les fouilles récentes et placé derrière la sépulture, atteste entre celle-ci et le pavé de l'église de la même époque une différence d'élévation de près d'un mètre. Le tombeau était donc dès lors en contrebas; il finit même par être enterré dans la plus grande partie de sa hauteur, de manière à offrir rap[)arenco d'une
1 Salnion, Chroniques, p. 229. = 2 Sigeberli auctarinin Gemblaccuse, écrit de 1137 ;i li'.o, dans Pertz , VI, 301. Cf. la note de RuiiKirl , éd. de Grégoire de Tours, col. 1390, et Gervaise, p. 322. = 3 Chalmel , ms. cité, p. lUj.