‹ Saint MartinChapitre 200 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

frivoles, répliquent les agents royaux; et puis, « nécessité n'a point de loi. » Devant un pareil argument, inutile de raisonner: un refus positif est donc opposé, le 31, par le chapitre. Pour essayer de l'influencer, le roi envoie, le 5 août, les évêques de Bazas et de Tournai. Le 7, nouveau refus. Alors on a recours à la violence. Dès le lendemain , le treillis est enlevé de force , brisé , dépecé au milieu des protestations du clergé et de l'indignation publi(|ue. Plusieurs chanoines demandent que l'on dresse du moins un procès-verbal : honteux de leur besogne, les commissaires s'y refusent et les jettent hors de l'église ; les plus obstinés sont chassés à coups d'arqucljuse. Tristes scènes, où l'on voit un prince catholique se faire le précurseur des hiiiiiKMiols, et peut-être éveiller le premier l'idée sacrilège qu'il.-- (k'\ ;iient mettre à exécution. Quel chemin de Louis XI à l'raneois L' ! Ce bel exploit ne devait cependant pas porter bonheur aux armes du roi. Tandis que ses gens retiraient des débris de la grille une soixantaine de mille livres, expédiées aussitôt en Écosse pour soutenir la guerre, et qu'un long procès s'engageait sur cette affaire au grand conseil, il se faisait écraser et réduire en captivité dans l'étrange bataille de Pavie. Les historiens ont remarqué qu'il fut précisément pris sur un antique domaine de l'abbaye de Saint-Martin, donné à cette église par Charlemagne. La coïncidence était trop frappante pour ne pas émouvoir les contcmpoi'ains. Aussi la reine et toute la famille royale se rendirent à Tours, afin d'effacer par de riches offrandes l'outrage fait au saint. François P'' y vint en personne aussitôt après sa libéralinn. ('t s'cfl'orça de réparer sa faute. Les chanoines, du reste, ne hii avaient pas gardé rancune : s'associant au deuil général du royaume, ils avaient contribué pour leur part au payement de sa rançon. La ])aix se rétablit tlonc entre le spoliateur et les siiolii's, et le roi n'eut même la peine de remplacer le treillis d'argent, car le chapitre fit remettre, en Kh'.] , une

nouvelle grille en fer autour du tombeau. Mais un des principaux instigateurs de cet acte de vandalisme, Jacques de Semblancay, expia plus cruellement son audace : il fut condanuié à mort peu de temps après, sur une fausse accusalion, cL exécuté. On a signalé encore, à propos de sa terrible fin, une double et curieuse rencontre : le gibet de Montfaucon, oh il fut pendu, s'élevait sur une terre de Saint- Martin-des- Champs , et le 8 août, jour de sa mort, était Tannivcrsaire du ra[it irrévérencieux qu'il avait conseillé

I Ms. 1284 de la bibl. de Tours (reirist. capit.j l"«22-lil. Ciialmrl . ji. ]:y.)-\Cd. Gervaise. p. 3;îl et siuv. ( IrandiiKnson . np. nt. \ ullairc {IIisl. j„irlr„inil. ch. xn ) 1 1 t n l |u 1 1 M I 1 I I I I 11 1 i II, it

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oici donc la voie des profanations OLiveiie. Les sectaires du xvi" siècle vont s'y précipiter avec furie, et aller jusqu'au bout. Le spectacle qui nous attend, dans la période de déchirements et de guerres civiles inaugurée par la Réforme, est un des plus lamentables que puisse présenter l'histoire des nations chrétiennes. Le palladium de la France, le corps saint dont la présence avait été la source de tant de bienfaits signalés, anéanti, jeté au feu par des Français, est-il un souvenir plus triste et plus amer? La rage de destruction qui animait les huguenots était, il est vrai, de

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