‹ Saint MartinChapitre 201 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

celles qui n'admcllent aucune distinction, aucune acception de personnes : les restes de saint Aignan et de saint Euverte à Orléans, ceux de saint Irénée à Lyon ne trouvèrent pas plus grâce devant eux que ceux de saint François de Paule et d'autres bienheureux honorés depuis des siècles par leurs pères. Il semble pourtant que la grande renommée, que l'immense popularité de saint Martin et le caractère national de son culte auraient du arrêter leurs mains téméraires : mais une fois que la passion antireligieuse est déchaînée, quel frein saurait la maîtriser? Plus la mémoire du glorieux thaumaturge était en vénération et plus son influence était puissante, plus, au contraire, il devait appeler sur lui les colères des modernes iconoclastes : les cimes les plus élevées n'attirent-elles pas de préférence la foudre dévastatrice? Cependant la violence et l'emportement paraissent encore moins avoir présidé à l'exécution de ce grand sacrilège que la cupidité, la fourltoric, et cette froide méthode qui rend les abus de la force duulilement odieux. Depuis deux ans, la ville de Tours, où les disciph's de Luther et de Calvin avaient fait un certain nombre de prosélytes, moins pressés de réformer l'Église que d'envahir ses biens, était livrée par leurs agissements au désordre le plus complet. Grâce à la connivence d'une partie des magistrats, le meurtre, le pillage, la destruction des autels, le rapt des religieuses étaient devenus des faits ordinaires : toutes les nuits, disent les historiens locaux, voyaient s'accomplir quelque crime de cette espèce. Les catholiques, pour se défendre, avaient eu recours à l'autorité suprême. Le chapitre de Saint-Martin avait notamment présenté à M. de Ghaumont, commissaire du roi, une requête motivée, à la suite de laquelle il avait oljlenu hi restitution de tous les lieux saints dont les ]iéi('li(pic^ s'étaient rendus maîtres ^ Ceux-ci, exaspérés par cette lépa-

1 \'oir celle pièce duns (lervaisc. p. 335. Cf. lu mémo, p. 333, 339 et. suiv.

ration forcée, avaient pris ouvertement les armes, dévasté l'église Saint -Pierre du Ghardonnet, occupé le château et le cloître de Saint-Gatien, dépouillé la cathédrale ellemême; la basilique de Saint-Martin, dont les richesses excitaient particulièrement leur convoitise, allait avoir son tour.

On était au mois de mai 1562. La guerre civile et religieuse éclatait à la fois dans toute la France; enhardis par l'impuissance d'un roi de douze ans, par les tergiversations de la reine mère, les huguenots levaient ouvertement l'étendard de la révolte, et le prince de Gondé venait de se mettre à leur tête. Après s'être emparé de la place d'Orléans, devenue momentanément le boulevard de l'hérésie, il s'occupait de gagner à sa cause les villes voisines. Tours, oiî ses coreligionnaires faisaient la loi, lui était acquis d'avance. G'est donc sous son autorité, c'est avec son mandat que les pillards se présentèrent à Saint-Martin. Les protestants du dehors se joignirent à ceux de la ville pour forcer les portes du cloître et de l'église; il ne fallait pas moins que leurs audaces réunies jtour exécuter ce grand coup. Un prétexte était cependant nécessaire. Le prince se chargea de leur fournir le meilleur qui se pût rêver. Les lettres qu'il écrivit à cet effet sont un chef-d'œuvre d'impudence et d'hypocrisie. « Gomme il est advenu que les peuples, par la permission de Dieu, non seulement se sont émus jusqu'à abattre et démolir, mais aussi ont-ils mis les mains aux joyaux d'or et d'argent qui de longue main ont été conservés ès temples et monastères, tant de la ville de Tours que d'ailleurs , » il ordonne que tous ces objets sacrés soient réduits en lingots, et, « pour éviter les inconvénients qui pourraient advenir en la conservation desdits lingots, » (pi'ils sdient apportés par devers lui à Orléans, oii il prétend « les conserver et garder, avec ses biens les plus chers et précieux, à ceux auxquels il ai)parti('ndra ». Puis, dans une commission exécutoire donnée à MM. de la Kochc-

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