‹ Saint MartinChapitre 202 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ibiicaiild , de Genlis et du Vigent, il les charge de saisir, avec les deniers des receltes générales et particulières, les reliquaires et les trésors des églises, de les faire foudre, estimer, inventorier, « afin de les conserver pour Sa Majesté » et « d'éviter le scandale »; et néanmoins de lui envoyer directement, sous bonne garde, tout ce qui en proviendra'. Comme on le voit, ce n'est pas d'hier que les fauteurs de troubles mettent en avant le rétablissement de l'ordre, et les voleurs la conservation de la propriété. Un marché passé avec le maître de la monnaie de Tours nous prouve , d'ailleurs , que , le 30 mai , le prince de Gondé prenait des mesures pour faire convertir en espèces le produit de l'opération"-. Il ne voulait donc, en réalité, conserver ni les joyaux ni les lingots : il voulait à son tour battre monnaie.

Dès le 15, les commissaires se rendent au chapitre, assistés des magistrats gagnés à leur cause, dont la présence a pour but de donner au pillage organisé qui se prépare un semblant de légalité. Les chanoines font opposition; mais l'on passe outre, et l'on entreprend, séance tenante, la confection de l'inventaire du trésor. Gette opération devait se prolonger jusqu'au 7 du mois suivant, tant il y avait à prendre et à dilapider dans ce dépôt séculaire des témoignages de la piété publique. Dans l'intervalle, le sac de l'église, commencé un peu auparavant par les meneurs du parti, s'achève officiellement et méthodiquement. Tandis que les notaires écrivent, les sectaires brisent les croix, arrachent les lampes, profanent les tabernacles, démolissent les autels et les reliquaires. L'impiété se satisfait en même temps que la cupidité. Des fourneaux sont allumés dans la basilique même : on y jette pèle-mêle l'or, l'argent, le vermeil, et la fonte se fait au fur et à mesure.

' Le lexte de ces lettres a été également donné par Gervaise, d'après les originaux (p. 'j13 et suiv.). = 2 Registres de fabrique (ms. 128'i de la bibl. de Tours).

Mais une quantité d'objets précieux, des pierreries, des vases sacrés, des ornements sacerdotaux, disparaissent sans avoir été portés sur Tinventaire : les pillards se les approprient; il faut bien qu'ils se payent de leur peine! La Rochefoucauld, qui opère en personne, ne montre pas plus de scrupule que ses satellites : il emporte chez lui une mitre d'or, l'image du château du Plessis, également en or, donnée par Louis XI , les pierreries de la grande croix de Saint-Martin'. Enfin l'on en vient à la châsse vénérée. Déjà le consistoire de l'Église réformée avait forcé les chanoines à la rompre et à l'enlever de sa place , ainsi que l'estrade d'argent et le pilier qui la supportaient'^ Peut-être avaient- ils tenté alors de la mettre en lieu sijr. Ils avaient pris une première fois cette précaution dans les troubles précédents; mais le chambrier, corrompu à prix d'argent, avait eu la lâcheté de découvrir la cachette aux huguenots. Sa connivence rendait donc superflue toute mesure de ce genre : aussi les envahisseurs lui avaient-ils laissé une des deux clefs du trésor, gardant l'autre pour eux. D'accord avec cet indigne clerc, ils se saisissent de la châsse, la dépècent, et la jettent sans frémir au fourneau, avec tout ce qu'elle contient. Ils pouvaient en retirer l'antique cercueil d'eleclrum, fabriqué mille ans auparavant par saint Perpétue, épargné par les siècles et les invasions barbares; mais non, cela leur eût fait perdre un peu de métal. Ils pouvaient au moins enlever de ce cercueil les restes sacrés devant lesquels trente générations s'étaient prosternées : on ne bat point monnaie avec des ossements ; mais l'occasion était trop belle de se défaire d'un des principaux aliments de la superstition et du fanatisme. L'œuvre

' V. le procès-verbal recueilli i)ar Bnluzc, vol. LXXXIV, f°' 96 et suiv. = - La rupture de la châsse eut lieu la veille du dimanche de Quasimodo, c'està-dire le 4 avril , d'après un ancien inventaire conservé aux archives d'Indreet-Loire (G S93, p. 589). Son soubassement fut abattu le 9 mai. (D. Ilousseau, vol. X, n»/,3-20.)

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