CHAPITRE VI
mation. On recueillit ce précieux résidu dans une petite caisse, qui fut descendue, rapporte Gervaise, dans le caveau où le corps avait autrefois reposé \ c'est-à-dire dans le tombeau iirimitif réduit par le fait à l'état de caveau, et qui, par conséquent, existait encore, soit qu'il eût échappé par sa position souterraine à la rage des huguenots, soit qu'il eût été immédiatement réparé par le chapitre ^ L'endroit même où le feu avait consumé les restes de saint Martin fut environné, un peu plus tard, d'une grille de fer, et quelques vers, composés par le chanoine Papillon, furent gravés là pour l'édification de la postérité ^ Les ossements conservés furent enfermés, le 3 juillet rj63, dans plusieurs enveloppes de soie, avec des inscriptions portant la signature de Mesmin, notaire du chapitre, et déposés dans un coffret de bois doré, qu'on remit, l'année suivante, au lieu précis où se trouvait précédemment la grande châsse, derrière le maître-autel de la basilique'': on s'attachait, comme toujours, à ne pas s'écarter de l'emplacement traditionnel et consacré. Cet emplacement était, hélas! tout ce qui restait du monument élevé sous Charles VII. Le tombeau avait été abattu depuis la base jusqu'à la coupoles Tout était donc à refaire. En 1571, l'autel du Pardon fut reconstruit tel qu'on le voit figuré sur le plan- moderne , et dans cet autel , auquel on accédait par un certain nombre de marches, on encastra, en guise de reliques, un fragment du marbre antique qui avait recouvert le tombeau de saint Martin, débris des plus
' r.iTv.ii^c, |>. :!."](). = Aul-un lexte précis ne parle de sa destruction ni de sa iv>i;iiii;iii(,ii. Aluiisiiyci' (;in. i;i('i2) dit, à propos du tombeau: Sepulcruin perçus a fii iiilamni In riijiiiiiii. Mais le nom de tombeau s'appliquant alors au monument supérieur, l o lexte, pris à la lettre, laisse encore place au doute. = 3 Monsnyer, au. lo(>2. D. Ilousseau, vol. XV, n» 309. Comptes de fabrique, ms. 1284 de Tours, l» '.yl. = V. le procès- verbal de 1636, retrouvé et publié par M. Dorango, BriU. archéol., III, 60. Ruinart, loc. cit. Arch. d'Indre-et- Loire, G. 593, p. 575.= Monsnyer, an. 1562. Cet auteur devait avoir làdessus des informations particulières; mais ses expressions, comme on vient de le voir, no sont pas très claires.
précieux, qu'à chaque grande fête le prêtre célébrant au maître-autel dut venir baiser en commençant la messe. Dix ans plus tard , la coupole ou le dôme qui couronnait le monument fut restauré à son tour, avec les quatre colonnes de cuivre qui le supportaient. Un tableau, appendu tout auprès, rappela les noms des saints dont les corps étaient jadis rangés autour de celui du glorieux confesseur '. On reconstitua ainsi un monument à peu près pareil au précédent : seulement l'œuvre d'art de Jean Lambert n'était pas remplacée; la châsse était réduite aux proportions d'un modeste coffret. La différence des temps se reflète tout entière dans ce simple fait. Les splendeurs du culte de saint Martin étaient passées.
Cet état de choses subsista jusqu'à la Révolution, et l'on peut s'en faire une idée exacte par le plan de la basilique dressé à cette époque. Seulement, à la suite d'une reconnaissance solennelle des reliques faite en 1636, les chanoines substituèrent au coffret un chef d'argent doré et ciselé, fabriqué, moyennant mille huit cent quatre-vingtdix livres, par Philippe Débonnaire, orfèvre de Paris, conformément aux dessins fournis par le chapitre. Ce reliquaire, un peu moins indigne de sa destination, reçut le fragment du crâne, et l'os du bras fut mis dans une petite colonne pyramidale, en argent doré également. L'un et l'autre, au lieu d'être laissés sous la coupole du tombeau, furent exposés, les jours de fête, sur le maître-autel, et, le reste du temps, renfermés dans une armoire du trésor, où les trouva, en 1789, le chanoine Dufrementel , chargé par l'archevêque d'une nouvelle vérification ^ Il ne resta sous le dôme que quelques parcelles d'ossements, qui s'étaient détachées au moment de cette dernière transla-
' Comptes de fabrique, dans le ms. 1284 de la bibl. de Tours, {•> 52. Ruinart, note citée. Gervaise, p. 350. = 2 Arch. d'Indre-et-Loire, G 17 et S93. Grandmaison , Notice sut- 1rs ancieimes châsses de S. Martin , p. 10.