CHAPITRE VT
tion, et le voile de soie sauvé des mains des huguenots'. Ainsi, c'est à peine si le monument méritait encore le nom de tombeau. Cependant on l'appelait toujours ainsi. On avait si bien oublié l'ancien sépulcre situé au-dessous, qu'en 1686 on fut très étonné de découvrir, à l'occasion de certaines réparations, « une petite voûte sous le tombeau, » ayant cinq à six pieds de long, deux de large et quatre de haut, construite en pierres de Bourré fort blanches, et contenant une petite caisse, où l'on ne trouva que des cendres, des ossements et quelques morceaux de marbre blanc. « On pensa, dit le procès -verbal , que c'était la fosse où avait été mis le corps de saint Martin par saint Perpète, soixante-quatre ans après sa mort ^ » Et l'on eut raison : la concordance de ce fait avec les indications de Gervaise sur la caisse de cendres descendue, après les dévastations des huguenots, dans le petit caveau voûté « où le corps avait autrefois reposé », prouve surabondamment qu'il s'agissait, dans l'un et l'autre cas, du même édicule, c'est-à-dire de la maçonnerie intérieure, conservée ou restaurée, de l'antique sépulture.
Le chapitre venait de voter, le 23 avril 1790, une somme de mille trois cent livres pour donner un nouvel éclat à la décoration du tombeau^, lorsque la Révolution, reprenant l'œuvre de l'hérésie, amena la ruine de la basilique et de tout ce qu'elle renfermait. On procéda absolument comme en 1562. Sous prétexte de retirer les matières d'or et d'argent qui se trouvaient perdues dans un édifice désormais inutile, condamné à périr, la municipalité de Tours, au mois de novembre 1793, fit dépecer les ornements et vider le trésor de l'église, pour réduire le tout en lingots destinés à être offerts à la Convention nationale. Au moment où
1 Gervaise, p. 351.= 2 Ms. 1284 de la bibl. de Tours, l'°10. Arcli. d'Indre-et- Loire, G 593, p. 576. Communication faite par M. Lambron de Lignim à la Société archéologique deTouraine, le 28nov. 1860. = 3 Arch. d'Indre-et-Loire, G 587, f" 216 V". Le projet de restauration existe même au musée de Tours.
l'orfèvre chargé de ropéralion brisait les sceaux du buste de vermeil renfermant les ossements du crâne de saint Martin, il y avait là, pour l'assister, un maître sonneur, appelé Martin Lhommais, que ces profanations remplissaient de douleur. Avec autant d'audace que le marguillier Saugeron, il demanda et il obtint pour lui le contenu de ce reliquaire, tandis qu'une de ses parentes, Marie-Madeleine Brault, épouse du sieur Carré, grand bâtonnier de l'église, se faisait pareillement donner l'os du bras, tiré de son vase de vermeil. Tous deux gardèrent leur précieux dépôt soigneusement caché jusqu'après la Terreur. Le 1""" mai 1795, le chanoine Bizot en reconnut officiellement l'identité, attestée, d'ailleurs, par un grand nombre de témoins, et, le 19 novembre 1803', le cardinal de Boisgelin, archevêque de Tours, déclarant solennellement l'authenticité de ces reliques, les rendit à la vénération des chrétiens. Elles furent depuis conservées dans la cathédrale, mais à la condition que la plus grande partie en serait restituée à l'église Saint-Martin si elle venait à être reconstruite. Un reliquaire sculpté et doré, muni, sur sa face antérieure , d'une vitre permettant de les contempler, les abrita jusqu'en 1828. A cette date, une nouvelle vérification en fut faite par l'autorité diocésaine, qui les replaça dans le socle d'un buste de saint Martin. La même formalité se renouvela encore en 1843, et à cette occasion l'os du bras fut reconnu pour un cubitus, les fragments du crâne pour une portion de l'os frontal et des os pariétaux ; les uns et les autres furent alors posés à découvert sur un coussin en drap d'or, enfermé dans le reliquaire -.
Quant au tombeau, il ne fut pas restitué à la piété publique avant l'année 1860. La basilique n'existant plus,
1 Et non 180o, comme l'écrit M. l'abbé Dupuy, dans le livre duquel on trouvera les détails de la cérémonie (p. '439-462). = 2 y. les procès- verbaux conservés aux archives de l'archevêché de Tours, qui m'ont été libéralement communiqués.