‹ Saint MartinChapitre 206 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

des rues, des maisons particulières en occupant le terrain, on ne se figurait pas que le lieu de la sépulture du grand thaumaturge pût être jamais remis en honneur ni même retrouvé. Sur la foi d'une phrase inexacte échappée à M. Jacquet- Delahaye, qui, en 1822, réclamait la reconstruction du temple, on croyait qu'une voie publique, passant à l'endroit même oij s'était élevé le tombeau, en avait effacé les derniers vestiges Mais Dieu ne semble avoir permis cette méprise que pour ménager à notre époque une restauration plus heureuse. Quelques fervents amis de saint Martin , encouragés par l'ardeur et la confiance presque divinatoire d'un homme de Dieu déjà vénéré de toute la ville, M. Dupont, s'étant associés pour une œuvre charitable, fondée sous l'invocation de l'illustre pontife, entreprirent en même temps de faire revivre son culte et de rentrer en possession du monument perdu. L'étude attentive d'un plan géométral de l'an IX, découvert, après bien des recherches, aux archives d'Indre-et-Loire, leur fournit la preuve matérielle que la place où avait reposé le corps se trouvait, au contraire, sous un groupe d'habitations particulières. Grâce aux démarches persévérantes des membres de l'œuvre et à la rare générosité de l'un d'entre eux, M. le comte Pèdre Moisant, une partie de ces maisons fut immédiatement acquise, et M^ Guibert, archevêque de Tours, qui voyait enfin se réaliser un de ses vœux les plus chers, autorisa une commission spéciale à pratiquer des fouilles dont le succès était presque assuré d'avance j en effet, les fondations et les caves devaient forcément recéler quelques débris. Le 2 octobre 1860, les investigations commencèrent, avec le concours de l'ingénieur dont j'ai parlé et dont le nom est désormais attaché à la restitution du célèbre tombeau. Le résultat devait dépasser toutes les espérances. Après avoir reconnu et mis à découvert une portion du sol de l'ancien

1 Du Rctablissement des églises en France, etc., p. 93.

sanctuaire, après avoir obtenu la jouissance d'une nouvelle cave dont la situation répondait exactement au point marqué sur le plan, on mit la pioche dans les murs de cette dernière le 14 décembre, jour de la Réversion de saint Martin. Plus de trente personnes assistaient à l'opération. Les cœurs battaient; l'on priait et l'on attendait avec anxiété. On ne trouva rien d'abord; du tombeau moderne, il n'y avait plus aucune trace, et de l'ancien, dont un archéologue avait peu de jours avant rappelé l'existence en exhumant le procès-verbal de 1686, pas une pierre n'apparaissait dans la cave même. Mais, à la fin de la journée, en attaquant la muraille qui la séparait de la maison voisine, un ouvrier faisait tomber à terre quelques morceaux d'un tufîeau très blanc, appartenant à une maçonnerie évidemment plus ancienne, encastrée dans la nouvelle. Le travail est aussitôt suspendu. L'opérateur qui le dirige examine soigneusement la construction, et constate dans son épaisseur la présence de deux petits murs parallèles d'un aspect tout différent, écartés d'environ soixante-cinq centimètres, présentant à leur partie supérieure deux voussoirs qui ont dû former autrefois la naissance d'une voûte. Reconnaissant à des indices certains, aux dimensions, à la nature de la pierre, les deux côtés du sépulcre ou du caveau dans lequel les cendres du bienheureux avaient été déposées au xvi" siècle, il se hâte d'en donner avis aux membres de la commission , placés de l'autre côté de la muraille. Alors, à travers les décombres et l'obscurité de ces lieux souterrains, éclate spontanément un chant d'actions de grâces : le Magnificat est entonné et continué en chœur par tous les assistants '. Le petit monument est bientôt dégagé dans son entier : on s'as-

' 11 faut lire le récit détaillé de ces scènes émouvantes dans la Notice sur le tombeau de S. Mai-lin, publiée par la Commission, p. 25 et suiv., dans le livre de M. Aubineau sur le saint Homme de Tours, p. 269-292, et surtout dans l'intéressante Vie de M. Dupont que vient de mettre au jour M. l'abbé Janvier, doyen du chapitre de Tours, t. I , p. 'i08 et suiv.

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