CHAPITRE VI
la Providence sait tirer le bien du mal! Si, au commencement du siècle, l'administration départementale, voulant rendre plus impossible le rétablissement de la basilique, n'avait pas à dessein fait passer une rue nouvelle sur les piliers de la nef, au lieu de diriger cotte rue dans Taxe de l'édifice selon le projet primitif, les débris du tombeau auraient été emportés et son emplacement remblayé. Et si les deux petits pans de mur si heureusement conservés par le constructeur des deux maisons contiguës ne s'étaient pas trouvés juste à l'endroit de leur séparation, de manière à pouvoir être utilisés dans la maçonnerie, ces restes sacrés, insignifiants pour les propriétaires, eussent été infailliblement balayés.
Les conséquences de cette grande découverte, qui passionna l'opinion publique, appartiennent à l'histoire de la basilique martinienne. Un mot suffira pour compléter celle du monument funèbre. Des mesures intelligentes ont été prises depuis 18G0 pour sa conservation et son embellissement. Toutes les pierres ont été bardées de fer et consolidées par d'autres, que l'on a eu soin de peindre en rouge pour permettre de distinguer les parties anciennes. Une grille dorée a été posée tout autour, et deux inscriptions ont été gravées sur une plaque de marbre, placée au niveau du sol. Enfin l'on a érigé au-dessus, en 1866, un ciborium ou baldaquin en cuivre doré, fabriqué par M. Ghertier, de Paris, sur les dessins de M. Aymar Verdier, architecte. Ce dais brillant, rehaussé d'émaux et de pierreries, repose sur quatre colonnes de même métal et sur un soubassement de marbre blanc. Au milieu de ses quatre frontons se détache une grande figure d'ange sur un fond d'émail, et à chacun des quatre angles on voit un autre ange supporté par une légère colonnette. Le ciborium abrite à la fois les débris du tombeau et quelques fragments des reliques du saint ; car une partie de ces dernières a été rendue par la cathédrale, où le reste est exposé dans un reliquaire en cristal
et en bronze doré, substitué à l'ancien après une dernière reconnaissance de son contenu, au mois de novembre 1874 Tel est l'état de choses relativement modeste qui subsiste à l'heure où j'écris ces lignes. Mais le temps marche, les révolutions vont vite, et le jour n'est sans doute pas éloigné où l'antique splendeur de ce glorieux sépulcre, que Dieu n'a pas rendu sans dessein à notre vénération, et où déjà reparaissent leg pèlerins fervents et les ex-voto généreux, renaîtra de l'excès même de ses désastres.
• V. le procès- verbal aux archives de l'Archevêché,
DIVERSES DE SAINT MARTIl
L ressort clairement de l'historique esquissé dans les pages précédentes que le corps de saint Martin a toujours été conservé à Tours, que le cercueil métallique où il fut enfermé hermétiquement au v" siècle ne fut pas ouvert avant 1323, et que, par conséquent, nulle portion de ses reliques proprement dites ne put être distraite jusque-là. 11 est en- ' L core plus impossible qu'on en ait
détaché une parcelle avant son ensevelissement par saint Perpétue, qui trouva les membres entiers et les légua non moins intacts à ses successeurs : on redoutait , de son temps, comme un sacrilège de partager la dépouille mor-