CHAPITRE VI
telle d'un saint, et tel était, jusqu'au vu'' siècle au moins, l'empire de cette appréhension, que des chroniques attribuèrent les malheurs de la dynastie mérovingienne à la témérité de Clovis 11, lequel, « par l'inspiration du diable, » avait osé couper un des bras de saint Denis'. Même après la séparation du chef et la translation opérée sous Charles VII, les chanoines de Saint-Martin ne touchaient qu'à regret au trésor dont ils avaient la garde. Obtenir d'eux le plus petit ossement était une faveur tout à fait extraordinaire. Encore, en 1482, ils la refusaient au chapitre métropolitain de Mayence, associé cependant au leur, par la raison que le corps du bienheureux « était renfermé dans une chasse et dans un vase fermé de toutes parts, composé d'eleclmm, comme le rapporte saint Grégoire de Tours, et qu'il leur était défendu de les ouvrir ou d'en retirer quoi que ce soit sans consulter le pape, évèque spécial de leur église, et le roi, leur abbé^ ». Ainsi donc, les reliques de l'apôtre des Gaules , que différentes églises se vantent de posséder, ou bien ne proviennent pas de son corps même, ou bien ont été délivrées après 1323.
La portion du crâne conservée à Ypres n'a été donnée à l'ancienne cathédrale de cette ville que sous Philippe II, au xvi" siècle ^ Le petit morceau de peau de la tête qui se voit dans le trésor de l'église de Marcilly-en-Gault (Loiret-Cher) y est venu très récemment ^ Le fragment du menton cédé aux moines de Saint-Martin-des-Champs , à Paris, apparaît sur l'inventaire de leur sacristie dressé en 1342, mais non auparavant ^ L'origine de la possession
1 Gesla Francorum , 44. Gesla Dagoberli , 52. = ^ Regist. capitul., mss. de Baluze, vol. LXXVII, f° 398. = 3 Communication de M. l'abbé Duclos, de Bruges. = ^ Communication de M. le curé de Maroilly-en-GauU. = ^ « Item, en l'aumaire des sanctuaires, le menton saint Martin, en un vaissel d'argent, à un pié de Lymoges, sans croce, et en est l'ymage d'argent garni de pierres. » Archives nationales, L 872, n^SS. Cette relique est probablement la même que le petit ossement conservé à Saint-Martin-des-Champs du temps de Lebeuf. (V. son Hist. du dioc. de Paris, I, 397.)
des trois ossements appartenant à la collégiale de Glamecy n'est nullement établie, bien que Ton ait supposé que l'un d'eux, provenant de la mâchoire inférieure, pouvait avoir fait partie des reliques laissées à Auxerre lors de la translation du corps dans cette ville, au temps des Normands'. De même pour les dents qu'on exhibait autrefois à Marmoutier, à Grandmont, à Floreffe, à Trêves, à Prague : rien ne prouve qu'aucune d'elles y ait été vue avant la date de la séparation du chef, et la seule dont l'origine soit connue, celle de Prague, fut obtenue par l'empereur Charles IV (1347-1378), avec un doigt transmis plus tard par Ferdinand III aux jésuites de la même ville ^ Des cheveux furent rapportés de Tours en Allemagne par un comte de Toggenbourg, qui les déposa dans un reliquaire de cristal, mais seulement en 1481. D'ailleurs, cette relique ne devait pas avoir été prise dans le tombeau du saint, où elle n'aurait pas subsisté durant tant de siècles; elle avait été plutôt détachée au moment de sa mort ou de son ensevelissement, et c'est de la même façon qu'on peut expliquer comment des débris de la chevelure ou de la barbe du saint étaient conservés très anciennement à Marmoutier, à Douai, à Corbie, d'où ils vinrent entre les mains de Gharlemagne \ Une fraction d'omoplate fut trouvée parmi les biens de la succession d'un chapelain de la reine appelé « Je requiers Dieu »; mais il n'était mort qu'en 1468''.
1 Culte de S. Martin dans le Nivernais, par .M Crosnier, p. 27, 23. = 2 Martène, Histoire de Marmoutier, II, 351. Texier, Dict. d'orfèvr. chrél. , col. 8o9. Voetius, Disput. thevl., 111, 344. Ms. 8940 de la bibl. de Bruxelles. Acta SS. jan., 1, 1084. La dent qui était à l'abbaye de Grandmont a passé, au moment de sa suppression, à l'église de Saint- Goussaud (Creuse). = 3 Lang, Hist. theol. Grundriss, I, 794. Acta SS. sept., IV, 132. Ms. 1293 de Tours, 433 et suiv. Les poils de la barbe du bienheureux ou soi-disant tels {ut veracissime credimus) que l'on gardait à Marmoutier, et dont une partie l'ut donnée en 1258 au desservant de la chapelle de Saint-Martin de Blois, avaient été trouvés sous le tombeau, où les chanoines avaient une caclietle, et à une époque non désignée. (Lettre de l'abbé GeofTroi de Conan , aux Archives de Loir-et-Cher.) = " Mss. de Baluze, vol. LX.WII, (•> 372.