CHAPITRE VI
A Marcolès (Cantal), des restes importants, trois os du bras ou de la jambe, deux moitiés d'os de Tavant-bras, un os du pouce et un du genou, furent reconnus et déclarés authentiques en 1667; il n'en subsiste aujourd'hui qu'une partie, réduite encore par des dons récents faits aux cathédrales de Tours et d'Amiens : mais la provenance de ce précieux dépôt est un problème demeuré jusqu'ici sans solution, et, l'église du lieu n'étant dédiée à l'évêque de Tours que depuis le xiv" siècle, il y a toute apparence (ju'elle ne le possédait pas avant cette époque'. Il faut en dire autant pour les os brachiaux que l'on montrait ou que l'on montre encore à Saint-Martin-des-Ghamps, à Montmorency, à Échenoz (Haute-Saône^), à Saint-Maximin de Trêves, à Sainl- Procule de Vérone (je parlerai tout à l'heure do ceux de Marmoutier et de Limoges), pour le pouce de Saint-Martin d'Angers, l'index de San-Martino délie Scale, en Sicile, les doigts ou phalanges de Sens, de Prague, de Venise, pour le tibia de cette dernière ville, pour la clavicule de Toul, pour les morceaux de vertèbres et de côtes de la collégiale de Varzy, pour le débris d'intestin du Grand-Saint-Martin de Cologne, enfin pour les ossements non qualifiés honorés à Oberlarg, à la Lande d'Airou et ailleurs^ : toutes ces reliques, si elles sont authentiques, sont parvenues dans ces différents pays à une date inconnue, et qui doit être relativement peu ancienne. Beaucoup d'autres fractions d'ossements, sans désignation précise, ont été certainement distribuées dans les temps modernes. C'est en morcelant et en subdivisant indéfiniment les restes
1 Communication de M'"' de Verdelon, qui a essayé de plusieurs manières d'expliquer la présence de ces reliques à Marcolès, mais avec plus de zèle que de succès jusqu'à présent. = 2 Celui-ci, venu de Saint-Martin de Pont, est enfermé dans un reliquaire portant la date de 1543. = ^ Guérin, les Pelils Bollandistcs , XI, 228. Lebeuf, op. cil., III, 381. Ms. 8940 de Bruxelles. Acia SS. sept., VII, 444. Sicilia sacra, I, 195. Crosnier, op. cit., p. 28; et communications diverses. Rappelons ici que trois religieux de Saint-Marlin-des-Cliamps furent condamnés à mort comme fanatiques, en 1792, pour avoir voulu emporter la relique en question.
AHT CONTEMPORAIN
« Saint Martin intercède énergiquement auprès de l'empereur Maxime en faveur des hérétiques priscillianistes que, contrairement à l'esprit de l'Évangile et à la constitution de l'Eglise, deux évèques espagnols, Ithace et Idace, voulaient faire condamner à mort. » (Voy. Sulpice Sévère, Chron., II, 50, et, dans le présent livre, les pp. 232 et suiv. ) Une chronique postérieure {Gesta Treverorum, Pertz, Scriplores, VIII, 155) affirme que le grand évêque de Milan, saint Ambroise, se trouva alors à la cour de Maxime, et plusieurs auteurs de Vies de Saints en ont conclu qu'il joignit ses efforts à ceux de Martin. Le fait n'a rien d'invraisemblable, et l'auteur de la présente composition a pu l'admettre sans témérité. Voy. p. 271.
Composition originale de Joseph Blanc, gravée par Méaulle.
échappés à la fureur des huguenots que les chanoines de la basilique ou les évèques de Tours ont pu successivement accorder quelques parcelles du corps de leur patron à la cathédrale de Lucques (1661), au pape Benoît XIII (1727), à Marie Leczinska (1738), à Saint-Martin de Liège (même année), à Saint-Martin de Villeneuve- Solar, en Piémont (1790), aux églises de Ligugé (1822), de Dornecy (1844), de Saint-Martin de Hinx (1853), d'Ohain (1855), de Rully (1866), de Lombron (1873), de Saint-Martin du Vivier (1878), de Sanghem (même année), de Beynes (1879), et, de nos jours également, aux paroisses de Neuville-Vitasse , de Saint-Martin de l'Arçon, de Changé, de Ports, de Saint-Martin d'Angers, etc., ainsi qu'à la basilique d'Ainay (par l'intermédiaire du cardinal de Bonald). et à l'évèque d'Abydos pour les missions de Chine '.
L'ensemble de ces faits confirme absolument le principe qui vient d'être posé relativement à l'intégrité du corps jusqu'au temps de Charles le Bel. Tout au plus serait-il permis d'admettre une ou deux exceptions. Il n'est pas complètement impossible que saint Éloi, par exemple, ait reçu, en récompense de la magnifique freda exécutée par lui sur le tombeau, les deux dents dont plusieurs historiens lui attribuent la possession, et dont Tune aurait été donnée à l'abbaye de Saint- Martin de Tournai, l'autre à l'église de Noyon^ : à l'extrême rigueur, on put dessouder pour un moment, à l'occasion de son travail, le vase d'eleclrum ; toutefois l'intégrité du sceau de Perpétue au xiv" siècle rend le fait bien invraisemblable. Il est encore plus difficile de croire que saint Odon de Cluny ait obtenu un privilège du même genre, et que le radius conservé dans son monastère jusqu'en
• Gervaise, p. 351. Dupuy, p. 4o0 et suiv. Guérin, les PclUs Dollandistes , XI, 228. Sébie, S. Martin et son culte, p. 21. Semaine relig. de Tours, an. 1866, p. 537; 1867, p. 623; 1868, p. 538, 562; et communications diverses. = 2 V. Martèiie, Hist. de Marmoutier, II, 494, et le ms. 9454 de Bruxelles,
331 et suiv.