CHAPITRE VI
1640, puis ensuite à Marmoutier. fût, comme ou le lit dans Martène un don fait à ce célèbre abbé par les clercs de Tours : son crédit, quelque grand qu'il fût auprès de ces derniers, ne pouvait guère aller jusque-là, et, le corps ayant été retrouvé, en 1323, emmailloté à l'instar d'une momie, il est fort peu probable qu'un bras eût été enlevé antérieurement. Sans nier l'authenticité de cette relique, qui a fait l'objet d'une assez vive controverse au siècle dernier S on est en droit de penser qu'elle n'était arrivée à Cluny que beaucoup plus tard. La parcelle conservée aujourd'hui à Notre-Dame-la-Riche, et qui vient de Marmoutier, appartient peut-être à ce radius : en tout cas, M. l'abbé Chevalier n'en fait pas remonter la délivrance avant la dévastation de 1562 ^. Enfin, l'on ne doit plus ajouter aucune foi à la singulière anecdote rapportée par Pierre Coral , religieux de Saint-Martial de Limoges au xu^ siècle. D'après cet écrivain , un abbé du même monastère, contemporain et ami d'Hervé, trésorier de Saint- Martin de Tours, lui ayant demandé quelques reliques du patron de son église, aurait reçu cette réponse, d'une loyauté plus que douteuse : « J'ai juré de n'en donner jamais. Mais les clefs sont là; prenez-en vous-même, à condition cependant de ne point toucher à la tête. » Làdessus, il se serait emparé d'un bras et d'un autre ossement, après avoir juré qu'il ne révélerait la chose à personne tant qu'Hervé et lui seraient de ce monde. Ces fragments auraient été retrouvés plus tard sous un des autels de Saint- Martial , avec un écrit constatant leur nature, « à ce que j'ai entendu dire, » ajoute prudemment le n^irrateur 11 est aisé de voir que c'est là une histoire accréditée pour donner du prix à quelque relique conservée dans cette abbaye, et dont on ignorait l'origine. On ne
' V. Martène, Hist. de Marmoutier, II, 491.= 2 Ihid., 491 et suiv. Monsnyer, ms. 1295 de Tours, 1° 435 et suiv. = 3 Semaine religieuse de Tours , an. 1876, p. 395. = -s D. Bouquet, XXI, 793.
saurait, du reste, l'accepter sans s'exposer aux plus graves embarras , attendu le nombre déjà trop considérable d'ossements du bras dont on signale la trace de différents côtés, sans compter celui ou ceux qui se trouvaient encore à Tours en 1362. Il est donc difficile que celui qui est actuellement vénéré dans l'église de Limoux, s'il est authentique, provienne, comme on l'a conjecturé, de Saint-Martial de Limoges.
Il ne faut pas s'étonner, d'ailleurs, de rencontrer au moyen âge des confusions, des erreurs, volontaires ou non, sur l'identité des corps saints : les suppositions de reliques n'étaient pas elles-mêmes un fait bien rare, et nul plus que le grand évêque de Tours ne devait être l'objet de ces pieuses fraudes, parce que nulles reliques n'étaient plus convoitées que les siennes. Comment quelques clercs jaloux ou crédules ne se seraient-ils pas flattés à tort d'en posséder une petite parcelle, quand certaine église d'Allemagne se vantait d'abriter sous ses voûtes le corps entier du thaumaturge? Tant d'audace ou de naïveté semblerait incroyable si nous n'en avions les preuves écrites. Tandis que tous les peuples, et les Allemands en particulier, accouraient en foule au pèlerinage de Tours, la ville de Salzbourg avait la prétention d'être la véritable dépositaire de la merveille qu'ils allaient contempler. Et sur quel fondement? Sur la foi d'un légendaire de la fin du \in° siècle, d'après lequel l'empereur Othon, étant allé à Tours, aurait corrompu au poids de l'or les gardiens du tombeau et rapporté le corps du bienheureux à Salzbourg, où l'archevêque du lieu, Hartwic, l'aurait découvert plus tard, accompagné d'un titulus ne laissant aucun doute. Les Bollandistes se sont donné la peine de réfuter cette tradition absurde', enregistrée à la suite de la biographie du pontife allemand, et reposant, soit sur une erreur de nom, soit sur la présence de (pielriue
' Acla SS. junii, VI, \3A et suiv.