‹ Saint MartinChapitre 212 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

relique partielle du saint. Il est vrai que de doctes écrivains de la même nation avaiënt entassé arguments sur arguments pour en soutenir l'authenticité'. De tous leurs efforts il n'est rien resté, si ce n'est une preuve nouvelle de l'importance qu'on attachait à la possession d'un pareil trésor. Suivant une légende de la même famille, Rainald, archevêque de Cologne, aurait, en 1164, emporté de Milan plusieurs corps saints, notamment celui du glorieux confesseur Martini On a vu, d'un autre côté, jusque vers 1840, des pèlerins assez nombreux venir vénérer le chef de l'évêque de Tours à Schlieben (Prusse) ^ Enfin la basilique de Saint- Martin-des-Monts, à Rome, a cru longtemps détenir une portion considérable de sa dépouille mortelle , et en a même transmis quelques parcelles à différentes églises Il suffît d'opposer toutes ces prétentions les unes aux autres pour en faire sentir l'inanité. La dernière seule peut s'expliquer, sinon se justifier, par une confusion probable entre l'apôtre des Gaules et son homonyme le pape saint Martin, dont les restes se sont, en effet, conservés dans la basilique romaine.

Mais , si aucune }%rtion du corps ne paraît avoir été détachée avant Charles le Bel, il n'en est pas moins vrai qu'une énorme quantité de reliques de notre bienheureux fut répandue dans le monde entier dès les premiers temps qui suivirent son décès, que la plupart des pèlerins en emportaient, et qu'elles servirent à la consécration d'un nombre infini de sanctuaires ou d'autels. Qu'était-ce donc que ces reliques? Étaient-elles dépourvues d'authenticité? Était-ce le produit d'un subterfuge? Nullement; c'était ce que j'appellerai des reliques exléiieures. Par suite du>. sentiment de religieuse frayeur dont j'ai parlé, on ne donnait autrefois

1 Relatio historica de venerando corpore S. Mariini, etc., \(sQ^, in -8°; Translalio S. Mariini Salzburgam, anno 939, Salzbourg, 1G46, in -4°. - 2 Perlz, XVllI, 373. = 3 Communication du P. Feldkamm , missionnaire. = 11 est vrai que cette basilique possède depuis 1(350 des reliques authentiques, venues de Tours, et que les dons qu'elle a faits postérieurement à cette date peuvent provenir de ces dernières.

aux fidèles que des objets ayant touché les restes ou simplement la sépulture des saints. Une lettre du pape saint Grégoire le Grand nous montre même que, si l'on s'abstenait de démembrer leur corps, ce n'était pas seulement par suite d'une appréhension naturelle : c'était une règle admise dans l'Église latine, et l'existence de cette règle prouverait à elle seule que la dépouille de saint Martin est restée très longtemps dans son entier Ces reliques extérieures avaient la même valeur et la mémo vertu que les autres : ainsi, lorsque les saints martyrs Gervais et Protais furent retrouvés à Milan , on déposa sur leurs membres des linges, des mouchoirs, qui furent ensuite distribués au monde chrétien comme des reliques du premier ordre ^ Elles s'appelaient plus particulièrement benedidiones , c'està-dire objets bénits : c'est sous ce nom que la femme de l'empereur Maxime recueillit les miettes de pain laissées sur sa table par son hôte vénéré, que les religieuses de Clion se disputaient la paille sur laquelle il avait couché, que lui-même recevait le présent d'une modeste recluse, et que l'historien de ses miracles mentionne les souvenirs de toute espèce emportés de son tombeau par les pèlerins Les « bénédictions » de saint Martin étaient précieuses entre toutes; elles étaient si nombreuses et si variées, qu'elles suffisent parfaitement à expliquer la multitude des églises consacrées sous son vocable et avec ses reliques dans les temps reculés. On peut les diviser en deux classes : les unes étaient des parcelles du tombeau ou de quelque objet en dépendant; les autres étaient des matières apportées par

1 Roinanis consueludo non est, quando sanclorum reliquias dant, ut quid- <juam langera prseaumant de corpore, sed tantummodo in pijxide brandcuin mittitur atque ad sacralissima sanclorum corpora ponilur; quod levalum in ecclesia quse est dedicanda débita cum veneraiione recondilur, et lanlse per hoc ibidem virtutes fiunt ac si illuc spccialilcr eorum corpora defcrantur. (S. (li-r,i. ep., IV, 30. Cf. Martène, Anl. Eccl. ril., II, 673.) = 2 Thoiiui^sm , I lis,-; ,.i . ^ \ , 368. = 3 V. Sulp., Dial II, 6, 8, 12. Grég., Virt. S. Mari., pn.^nn. Cu dernier se sert aussi du mot picjnora.

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