CHAPITRE VI
dirions aujourd'lmi, un souvenir du corps de saint Martin'. Par conséquent, ni les mots ni les faits ne détruisent la vérité générale de la proposition que j'ai essayé d'établir.
Pour épuiser la matière de ce chapitre, il me reste à parler de quelques reliques étrangères à la fois au corps et au tombeau. La plus célèbre est la chape de saint Martin. On sait que cette chape glorieuse a eu, sous les deux premières races, le privilège de conduire nos armées au combat : elle était le symbole matériel de la protection dont l'apôtre national couvrait la France; elle était réellement un palladium. Nos rois ne manquaient jamais de l'emporter avec eux lorsqu'ils partaient en guerre : sa présence était à la fois leur sauvegarde et la terreur de leurs ennemis ^ En temps de paix, elle avait une autre destination : les serments solennels imposés par la justice souveraine se prêtaient sur cette relique insigne, conservée dans l'oratoire royal. Nous retrouvons la trace de cet usage dans les anciens formulaires de l'époque mérovingienne, dans un diplôme authentique du roi Thierry 111, du 30 juin G79, et dans un autre de Childebert 111, de l'an 710 ^ Les historiens du moyen âge, à commencer par le moine de Saint- Gall, le biographe de Charlemagne, sont unanimes à dire que le nom dè chapelle, étendu successivement au reliquaire et à l'oratoire qui le renfermait, puis à tous les oratoires et à toutes les petites églises en général , vient de la chape de saint Martin * : effectivement , dans les plus anciens textes, elle n'est pas appelée autrement que cap-
1 De même on appelle, à Orense, n poussière de la chair de S. Martin » une poussière recueillie, comme d'habitude, à son tombeau. = 2 Quam secimi ob sui tuitionem et hostium oppressionem jugitcr ad bella portabant { Moine de Saint- Gall, dans Pertz, II, 732). = ^ In oraturio nostro, super capella domni Martini, ubi reliqua sacramenta percurribant , hoc dibirit conjware. (Perlz, Diplom., I, 4S, 69.) Cf. Marculfe, Formules, 1 , 38 , et de Rozière, Formules usitées dans l'empire des Fratus , 11, = Moine de Saint-Gall, loc. cil. Sicard de Crémone, Mitrale, .'ii. (i. Durand, Rationalc, 11, 10. CI', la Somme de Jean BeletJi, la Légende dorée, Ilunuré d'Autun, Walulrid Strabon, Guibert de Gemblours, etc.