‹ Saint MartinChapitre 224 sur 317 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

recouvrit d'une brillante toiture d'étain ce qui permet de supposer que les combles avaient été la principale proie des flammes. 11 restait encore des vestiges de cette couverture métallique au x° siècle ^ Un second incendie paraît avoir éclaté peu de temps avant l'épiscopat de Grégoire; car ce prélat dit avoir trouvé les églises bâties par son prédécesseur Perpétue détériorées par le feu, et les avoir fait peindre et décorer à neuf par des ouvriers du pays. Les peintures exécutées par son ordre dans celle de Saint- Martin sont aussi mentionnées par Fortunat, et représentaient différents traits de la vie du bienheureux, ainsi désignés par le même écrivain, qui avait composé pour chacun de ces sujets une légende en vers : le lépreux guéri ; la chlamyde partagée; la tunique donnée au pauvre (à Tours); les trois morts ressuscités; le pin abattu; l'idole renversée; le faux martyr. D'après les indications assez obscures de Fortunat, Grégoire aurait encore réparé les fondations de l'édifice et élargi les fenêtres ^ En tout cas, ses travaux, comme les précédents, se bornèrent à une simple restauration : le monument primitif était encore debout de son temps , ainsi qu'il le déclare lui-même K D'après un diplôme du roi Philippe 1"', Dagobert l'aurait agrandi ou embelli ^ : cependant ces modifications peuvent s'entendre, à la rigueur, de la décoration du tombeau exécutée par saint Éloi; le corps de l'édifice ne paraît pas avoir été transformé à cette époque. Au siècle suivant, sa renommée excita les convoitises des Sarrasins, qui avaient inondé tout le sudouest de la Gaule. Le sanctuaire national faillit être profané par ces terribles envahisseurs. Avec son toit de pur étain, son campanile doré, ses richesses si vantées, il les attirait de loin comme un point lumineux attire des nuées

1 Grég., IliM., IV, 20. Cf. Pertz, V, 17, 413. = 2 Bibl. Clun., p. 146. = 3 Forlunat, MiscelL, dans Migne, t. LXXXVIII, col. 330 et suiv. = " Hisl., X, 31 ; Virt. S. Mari., 1 , 6. = f> Dasilicam quoque S. Martini Turonensis regali mimifirenHa ampiificavit. (Tardif, Monum. histor., 11° 284.)

d'insectes ailés, et, de même que ces imprudents, ils devaient trouver la mort où ils cherchaient l'éclat. S'il fallait en croire leurs historiens, ils ne se seraient pas bornés à faire de la basilique de Saint- Martin leur objectif; ils l'auraient atteinte, pillée, mise à sac, avec toute la ville de Tours, en l'an 732. Pure forfanterie; car nul écrivain chrétien ne fait la moindre allusion à cet événement, qui eût arraché des gémissements à la nation tout entière, et l'on sait assez que Charles Martel, dans cette même année, rencontra les hordes sarrasines entre Tours et Poitiers, où elles furent anéanties au moment d'arriver à leurs fins sacrilèges Dans cette bataille décisive, les Francs combattaient réellement pro aris el focis : l'ardeur sans pareille qu'ils mirent à protéger l'autel de saint Martin, jointe au secours de son bras puissant, sauva le pays de la ruine suprême. Bientôt ce devait être le tour des Normands. Alcuin nous atteste encore que l'édifice de Perpétue conservait sa splendeur à l'époque où il écrivait^; mais, peu d'années après, apparaissaient, la torche à la main, ces farouches hommes du Nord, dont le nom allait rester si longtemps l'épouvantail des Tourangeaux. Le 8 novembre 853, l'église fut brûlée avec le monastère et ses dépendances; on a vu plus haut les émigrations, les translations qui suivirent ce premier désastre. On n'en avait pas encore effacé toutes les traces, malgré les subsides accordés par Charles le Chauve, lorsqu'il fut renouvelé par deux chefs normands, Héric et Baret, subitement débarqués à Tours, le 30 juin 903. Vingt- huit églises furent atteintes, cette fois, par le fléau, qui détruisit la plus grande partie de la ville. Pareils aux fourmis laborieuses, que nul écroulement ne peut décourager, les

1 Fredeg. chron. conlin., an. 731. V. Gall. christ., XIV, 1.^5. Reinaud, Ilist. des invasions sarrasines, p. 'i'i. Peut-cti'c les y\rabcs, qui venaient de brûler Saint-Hilaire de Poitiers et Ligugé, se serunl-ils vantés, à cette occasion, d'avoir dévasté un sanctuaire de saint Martin ; et de là l'erreur ou l'amplification. = 2 De Vila S. Mari., 11.

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